Paris – Théâtre du Châtelet jusqu’au 18 avril 2012
Nixon in China de John Adams et Alice Goodman
Drôle de rencontre pour un opéra
- Publié par
- 16 avril 2012
- Critiques
- Opéra & Classique
- 0

En 1991 la MC93 de Bobigny, alors sous la direction d’Ariel Goldenberg, faisait découvrir le très singulier opéra que le compositeur américain John Adams, né en 1947, avait élaboré autour d’une actualité politique supposée avoir réchauffé les relations entre les Etats Unis et la Chine : la visite que le président Nixon rendit au président Mao le 21 février 1972.
Quinze ans plus tard, John Adams, alors jeune héritier des musiques répétitives et minimalistes nées aux USA, prenait, sur la suggestion de son compatriote et metteur en scène Peter Sellars, cette improbable visite pour sujet d’un opéra « documentaire » au réalisme revisité par un humour à la fois tranchant et désabusé. Nixon in China, sa première œuvre lyrique fut, après sa création à Houston en 1987, le départ d’une renommée qui allait faire le tour du monde.
D’autres opéras-docu suivirent comme The Death of Klinghofer, créé à la Monnaie de Bruxelles en mars 1991 à propos de la croisière de l’Achille Lauro au cours de laquelle un retraité juif américain handicapé avait été assassiné par des terroristes. En 2000, le Châtelet passait commande et créait dans ses murs à la veille de Noël El Nino, un opéra oratorio autour de la naissance du Christ.
Un panaché de couleurs
Au Châtelet toujours, Jean-Luc Choplin son actuel directeur qui adore juxtaposer les styles les plus divers de la vie musicale a eu la très bonne intuition de remettre ce petit monument à l’affiche en en confiant cette fois la réalisation à un metteur en scène chinois. Succéder au remuant Sellars dont l’hyperréalisme pince sans rire a laissé des empreintes dans les mémoires et les annales, constituait un défi que Chen Shi-Zheng, citoyen chinois de New York, acteur, chanteur, chorégraphe et metteur en scène relève en panaché de couleurs. Si le statisme du premier acte – l’arrivée des époux Nixon flanqués du secrétaire d’Etat Henry Kissinger à Pékin, les rencontres et présentations, Zhou Enlai, Mao, le banquet, les discours et palabres de « bienvenue », sur ces musiques à variations immobiles engendre un certain ennui, les deuxième et troisième actes, - la visite de la ville, l’arrivée de madame Mao, le ballet révolutionnaire – partent en fusées de mouvements, de couleurs et. même de mélancolie.
Les montages vidéos d’actualités d’Olivier Roset remettent les pendules à l’heure de l’Histoire, les décors décalés imaginés par la jeune plasticienne indienne Shilpa Gupta, mur de brique, bestiaire fantastique échappé des palais de la Cité Interdite qui défile dans des vitrines suspendues, statue géante de Mao privé de sa tête et de son bras levé, apportent le juste dépaysement du voyage. Tout comme les ballets cadencés de raideur martiale du « Détachement féminin rouge » ou celui des balayeurs en uniformes verts.
Pat Nixon oie blanche émerveillée par l’Orient
Les chanteurs-acteurs sont maquillés, habillés en réplique de leurs modèles historiques. Le baryton américain Franco Pomponi, Nixon plus vrai que nature, commence par en imposer entre assurance et arrogance de maître du monde, puis peu à peu, s’humanise frôlant le pathétique, June Anderson, soprano américaine elle aussi porte avec grâce les robes rouges de Pat Nixon, chante et joue les oies blanches émerveillées par l’Orient, Alfredo Kim, ténor coréen s’est ajouté un bon nombre d’années pour incarner ce Mao vieillissant, devenu philosophe façon père de famille communiste, la toujours magnifique Sumi Jo offre à Jiang Qing-madame Mao ses aigus célestes et la foi guerrière d’une révolutionnaire pur jus. Kyung Chun Kim, baryton coréen, se met en retrait pour un Zou Enlai effacé et le baryton basse Peter Sidhom transforme Kissinger en clown bedonnant allumé par l’alcool et le cul des filles. Les secrétaires nounous de Mao ont la raideur exquise de Sophie Leleu, Alexandra Sherman et Rebecca De Pont Davies.
Sous la direction finement nuancée de l’australien Alexandre Briger, l’Orchestre de Chambre de Paris (ex-Ensemble Orchestral) a bien pris les couleurs, volutes et spirales de la musique de John Adams. Tout comme les Chœurs du Châtelet prestement emmenés par Stephen Betteridge.
Nixon in China de John Adams, livret d’Alice Goodman, Orchestre de Chambre de Paris, direction Alexander Briger, Chœur du Châtelet, chef de chœur Stephen Betteridge. Mise en scène et chorégraphie Chen Shi-Zheng, décors Shilpa Gupta, costumes Petra Reinhardt, lumières Alexander Koppelmann, vidéos Olivier Roset. Avec Franco Pomponi, Alfred Kim, June Anderson, Sumi Jo, Kyung Chun Kim, Peter Sidhom, Sophie Leleu, Alexandra Sherman, Rebecca de Pont Davies. Danseurs et chœur d’enfants .
Paris – Le Châtelet les 10, 12, 14, 16 & 18 avril à 20h
+33 (0)1 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com
Photos : Marie-Noëlle Robert






