Paris-Théâtre Marigny
Nathalie de Philippe Blasband
Le cœur et le sexe à vif

Aucune allusion à Diderot sur l’affiche et sur le programme. Pourtant, on la connaît cette histoire-là ! Elle figure dans Jacques le Fataliste et elle a déjà été reprise et transposée par Robert Bresson dans Les Dames du bois de Boulogne, Milan Kundera dans Jacques et son maître et Eric-Emmanuel Schmitt dans La Tectonique des sentiments. Sans doute Philippe Blasband ne cherche-t-il pas à se souvenir du récit de Diderot, mais celui-ci tourne dans sa tête. Une jeune femme abandonnée par son mari recrute une prostituée pour que, sous le nom de Nathalie, elle le séduise sans révéler son métier d’hétaïre. Elle sera généreusement payée et devra tenir au courant l’épouse délaissée de tous les détails. L’amour suscité prend feu et se développe. Fou de passion, l’homme demande l’inconnue en mariage. A ce moment-là, il connaîtra la vérité et sera à son tour abandonné.
Par rapport aux autres versions de cette histoire, le texte de Blasband est plus cru : on apprend toutes les positions pratiquées par le couple manipulé ! Cela peut choquer mais c’est aussi la vérité de ce texte qui n’est pas une variation littéraire un peu gratuite mais une plongée dans la sexualité, une interrogation sur les relations du sexe avec les sentiments et aussi avec le langage. Là où Blasband se détache du schéma tracé par Diderot, c’est sur la réalité de l’aventure. La prostituée, elle aussi, a joué avec la situation. Peut-être n’a-t-elle pas dit la vérité… Christophe Lidon a précisément fait de ces rencontres et de ce duel un combat au langage moucheté où les mots, distillés, prennent toute leur force vénéneuse. Maruschka Detmers, dans le rôle de l’épouse, est une lutteuse blessée, une dominatrice parfois vacillante qui sait que la beauté et l’élégance sont des armes fragiles. Virginie Efira, en professionnelle de l’amour, est une révélation (mais cette présentatrice de Canal Plus ne fait pas là ses débuts à la scène) ; elle dégage peu à peu la drôlerie et la dignité d’un personnage qu’elle ne limite pas à sa nature sensuelle.
On n’avait guère aimé Une liaison pornographique du même Blasband (la pièce, pas le film, dans ce même théâtre). On apprécie au contraire beaucoup cette Nathalie qui sinue superbement entre le feu et la glace.
Nathalie de Philippe Blasband, mise en scène de Christophe Lidon, décor de Pierre François Limbosch, lumière de Marie-Hélène Pinon, costumes de Claire Belloc, musiques de Didier Goret, avec Virginie Ephira et Maruschka Detmers. Marigny (salle Popesco), tél. : 01 53 96 70 20 (1 h 45). Texte chez Actes Sud.



