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Critiques / Musique

My Fair Lady de Frederick Loewe, Alan Jay Lerner

par Caroline Alexander

Total bonheur

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Depuis que Jean-Luc Choplin en a pris la direction, le Châtelet devenu réservoir de toutes les musiques, y compris des plus populaires, revêt chaque hiver des habits de fêtes. Les comédies musicales s’y succèdent dans leurs plus beaux atours pour saluer les fins d’années et sourire à l’an neuf. Après Candide, West Side Story, On the Town et The Sound of Music/La Mélodie du bonheur (voir WT des 19 décembre 2006, 23 novembre 2007, 22 décembre 2008 & 21 décembre 2009), voici, pour la première fois en France, l’emblématique, l’irrésistible My Fair Lady, l’un des plus grands triomphes de Broadway et de Londres (respectivement 2717 et 2281 représentations non stop lors de leurs créations ne 1956 et 1958), puis relayé à l’échelle planétaire en l964 par le film de George Cukor avec l’inoubliable frimousse d’Audrey Hepburn.

Contrairement aux comédies musicales traditionnelles, ce n’est pas la partition qui en est le ressort majeur mais son texte. My Fair Lady, alias Pygmalion, comédie grinçante de George Bernard Shaw créée en 1912 à Londres, est d’abord du théâtre et du meilleur : alerte, corrosif, jetant un regard sans concession sur la société victorienne de son temps, ses bourgeois, ses aristos et son petit peuple méprisé. C’est à travers le prisme du langage que va s’y opérer la métamorphose d’une petite vendeuse de fleurs en grande dame pouvant passer pour une princesse. Henry Higgins, professeur de phonétique capable de détecter les accents les plus divers jusqu’aux rues des faubourgs fait le pari avec son ami Pickering de transformer Eliza Doolittle, marchande de violettes jactant le cockney de la plèbe londonienne, en parfaite jeune fille de grande famille. Miracle qu’il réussit au-delà de toute attente, le polissage du langage ayant entraîné celui de la personnalité et révélé chez la fille de l’éboueur, l’intelligence et le tempérament d’une femme de caractère qui soudain refuse le statut d’objet expérimental auquel son dompteur l’a acculée. Les répliques cinglent, l’humour gicle en vagues rasantes, very british indeed. Sous des dehors de flegme, la misogynie comme signe sociétal est débusquée, mise à nu, mise à mort par le rire.

Elégance et subtilité

C’est six ans après la mort de son auteur, en 1956, que fut imaginée la mise en musique et chansons de ce Pygmalion rebaptisé My Fair Lady. Les dialogues ont pratiquement tous été conservés par Alan Jay Lerner qui en a astucieusement tiré les « lyrics » et le compositeur Frederick Loewe les a entraîné dans des rondes musicales qui, une fois entendues, s’incrustent en dansant dans les mémoires : « I could have danced all night », « The rain in Spain », « With a litlle bit of luck », « Without you » ou autre « You did it ! »…

Elégance et subtilité sont les griffes de cette nouvelle présentation réalisée par le Châtelet en coproduction avec le Théâtre Mariinski de Saint Petersbourg. Une fois de plus, le metteur en scène canadien Robert Carsen déploie son art de rendre simple les situations les plus compliquées, se jouant avec son décorateur Tim Hatley, de tous les changements de lieux dans un mouvement continu, sans le moindre temps mort, des parvis de Covent Garden à la bibliothèque sophistiquée du distingué professeur Higgins, en passant par Ascot et ses courses et les salles de bal royales. Des robes à faire rêver, Des ballets tantôt grand monde valsés en trois temps, tantôt à ras des caniveaux électrisés de cocasserie. La réussite visuelle est totale.

Alex Jennings, Higgins survolté, Sarah Gabriel Eliza juteuse

Celle des voix et du jeu des acteurs est tout aussi réjouissante. La plupart sont issus du monde du théâtre mais, comme souvent chez les acteurs anglo-saxons, ils connaissent la musique et savent chanter. Alex Jennings, grand acteur shakespearien, campe un Higgins survolté dans ses certitudes, merveilleusement égoïste, Nicholas le Prevost lui donne une réplique policée en colonel Pickering à la fois complice et moralisateur, la grande comédienne Margaret Tyzack drape Mrs Higgins mère de son élégance naturelle et de son humour en second degré. Au rayon des vrais chanteurs d’opéra, le baryton Donald Maxwell donne voix et truculence aux ivresses du père Doolittle, le ténor Ed Lyon roucoule joliment ses odes d’amoureux transi. La soprano Sarah Gabriel fait entendre et voir une Eliza juteuse, nature puis merveilleusement digne.

Sous la direction enjouée de Kevin Farrell, pianiste, compositeur, familier des scènes de Broadway, l’orchestre Pasdeloup se régale et nous régale de swing.

Bonheur total. Que demander de plus ?

My Fair Lady, musique de Frederick Loewe, livret et lyrics de Alan Jay Lerner, d’après la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw. Orchestre Pasdeloup direction Kevin Farrell, Chœur du Châtelet, direction Stephen Betteridge. Mise en scène Robert Carsen, décors Tim Hatley, costumes Anthony Powell, chorégraphie Lynne Page, lumières Adam Silverman. Avec Sarah Gabriel (en alternance avec Christine Arand), Alex Jennings, Margaret Tyzack, Nicholas Le Prevost, Donald Maxwell, Jenny Galloway, Ed Lyon, Geoffrey Abbott, John Bernard…

Théâtre du Châtelet – du 9 décembre 2010 au 2 janvier 2011, du mardi au samedi à 20h, matinées les samedis et dimanche à 15h.

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

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