Les Noces de Figaro à l’Opéra de Vienne

Mozart en sa maison

Séduisante production hors routine qui fait honneur à cette institution qu’est l’Opéra de Vienne.

Mozart en sa maison

LE NOZZE DI FIGARO AVAIENT ÉTÉ CRÉÉES PRÉCISÉMENT à Vienne, en 1781. Depuis lors, le chef-d’œuvre de Mozart a parcouru l’entière planète musicale. Et l’Opéra de Vienne n’est pas en reste, comme on s’en douterait. Au sortir de Benamor que nous venions de voir, il est piquant de noter que la touche espagnole persiste d’une certaine manière : pour le sujet, planté comme on sait dans les environs de Séville avec des personnages espagnols ; mais aussi pour l’interprétation à laquelle nous avons assisté, avec deux cantatrices espagnoles d’aujourd’hui pour les deux rôles féminins principaux. C’est ainsi.

La salle de l’Opéra de Vienne (inauguré en 1869), de bonne acoustique, est cependant nettement moins belle que l’historique salle du MusikTheater an der Wien où nous vîmes Benamor. En raison des aléas de la reconstruction du bâtiment, après les bombardements de 1945, qui ont toutefois laissés intacts l’aspect monumental extérieur comme aussi certaines parties intérieures, dont le beau foyer et la majestueuse cage d’escalier.

Comédie en musique

Obligées en ce lieu, Les Noces de Figaro bénéficient d’une mise en scène récente due à Barrie Kosky, qui situe au plus juste les soubresauts de l’action. Les personnages sont figurés dans des attributs d’aujourd’hui, toutefois dans des décors censés bien représenter le contexte luxueux d’un historique palais seigneurial. Et le déroulement du spectacle se suit sans anicroche, au plus près de l’esprit de cette « commedia per musica ».

D’autant que les chanteurs se donnent entièrement, scéniquement comme vocalement. Comme nous disions précédemment, les sopranos Adriana González et Serena Sáenz incarnent la Comtesse Almaviva et Suzanna, avec bagout et le brio d’un chant délié. Le baryton Huw Montague Rendall présente un Comte Almaviva de belle facture. La basse Riccardo Fassi n’est pas en reste pour un Figaro entreprenant dans un lyrisme ardemment placé. Patricia Nolz (Cherubino), Stephanie Houtzeel (Marcellina) et Daniel Jenz (Basilio) complètent au mieux une distribution vocale bien choisie. Le chœur et l’orchestre maison, de l’Opéra de Vienne, participent au plus juste sous la direction méticuleusement réglée du vétéran Adam Fischer. Pour une bonne restitution dans la facture courante des grandes maisons d’opéra actuelles, quand bien même il ne s’agit pas d’une interprétation baroqueuse (notamment pour l’instrumentation d’orchestre) à laquelle nous sommes désormais mieux habitués.

Illustrations : Huw Montague Rendall (le Comte) et Serena Sáenz (Suzanna). Adriana González (la Comtesse), Serena Sáenz (Suzanna) et Riccardo Fassi (Figaro). Photos Michael Poehn/Wiener Staatsoper

Mozart : Les Noces de Figaro. Adriana González, Serena Sáenz, Huw Montague Rendall, Riccardo Fassi, Patricia Nolz, Stephanie Houtzeel, Daniel Jenz, etc. Chœur et orchestre de l’Opéra de Vienne, dir. Adam Fischer. Mise en scène : Barrie Kosky. Opéra d’État de Vienne (Wiener Staatsoper), 24 janvier 2026.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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