Monarques de Meirieu et consort

Exil vers un avenir chimérique

Monarques de Meirieu et consort

Lorsqu’on sait que « monarque » ne désigne pas uniquement un souverain mais aussi un papillon migrateur américain susceptible de franchir jusqu’à 5.000 km, on comprend assez vite que ce spectacle s’articule autour du symbolique. En effet, s’il traite du problème récurrent des migrants, il ne nous embarque ni dans une histoire à rebondissements dramatiques, ni dans une analyse sociopolitique mais bel et bien dans l’univers personnel d’individus n’ayant pas d’autre choix que de s’exiler s’ils veulent espérer un avenir meilleur.

Accueilli dans la salle, le public a droit à un rideau de scène à l’ancienne, sur lequel sont, entre autres, peints les fameux papillons. En guise d’écran, il accueille le prologue d’un documentaire qui explique la vie des fameux lépidoptères. Et en complément, pour nous montrer qu’il s’agit bien d’un certain réel, un film familial d’amateur avec sonorisation approximative sur cassette audio du siècle dernier.

Des anonymes en cavale

Lorsque surgît le décor : choc. Apparition grandiose d’un train de marchandises hyperréaliste. Il envahit le plateau dans une atmosphère plutôt blafarde. Il est peuplé de silhouettes humaines grandeur nature. En fond sonore le tintamarre musical produit par le déplacement du convoi.

Un personnage manchot déguenillé, en compagnie d’un compagnon d’infortune cul-de-jatte, soliloque. Ce qu’il raconte n’est pas toujours audible. Des mots surnagent parfois : les mêmes se projettent par intermittence sur les parois métalliques des wagons souillés. Dans la vie ordinaire, en effet, nous ne comprenons pas toujours toutes les phrases qu’on nous dit.

C’est une épopée tragique qui s’énonce. Le clandestin se raconte comme quand on se parle à soi-même dans le noir pour atténuer ses peurs. Il profite d’un arrêt pour entamer diverses actions, récupérant l’un ou l’autre débris susceptible d’améliorer un peu les inconforts du voyage. Plus tard, il rencontrera une déracinée en instance d’accouchement. Et finalement sera rejoint par une sorte de mythique performeur de parapente aux allures de papillon, poétique vagabond céleste en quête d’un quelconque eldorado plus ou moins inaccessible mais conscient des beautés et des richesses naturelles.

Un objet essentiellement théâtral

Si le spectateur se laisse emporter par le flot verbal, par le charivari ferroviaire, par la vision du convoi fantomatique, il accompagne l’éclopé migrant, participe au récit via les bribes audibles. Il perçoit un vécu. Il s’associe à des destins qui lui échappent.

Cette représentation ne nous explicite pas une situation. Elle n’analyse pas les raisons. Elle ne s’apitoie pas sur un malheur ou une tragédie. Elle ne prend pas parti. Elle se déroule, inexorable, excluant toute commisération, Elle s’avère le symbole intemporel d’un phénomène sociopolitique majeur de notre époque, celui des migrations sporadiques, incontrôlables, pathétiques. Elles-mêmes symboliques des dysfonctionnements de valeurs qui semblaient jadis propres à l’humanité.

Emmanuel Meirien et ses comparses Julien Chavrial, Odile Lauria et Jean-Erns Marie Louise nous ont immergés dans un projet de sensibilisation exacerbée. Leur énergie corporelle et vocale a déferlé sans nous ménager. Nous sortirons de la salle de spectacle emplis de bruits et de fureurs, de désespérance et nous ne serons plus tout à fait comme auparavant. La cohérence de l’ensemble (jeu d’acteurs, ambiances lumineuses, décor aux ambiances rouillées, compositions sonores et musicales obsédantes) nous a menés hors de tout raisonnement, de toute révolte pulsionnelle, de tout sentimentalisme stérile. Nous avons vécu.

Durée : 1h30
30.10>07.11.2025 Théâtre du Nord Lille

Texte : Emmanuel Meirieu , Jean Erns-Marie-Louise, Julien Chavrial , Odille Lauria ; distribution : Julien Chavrial, Odile Lauria, Jean-Erns Marie-Louise ; décor : Seymour Laval, Emmanuel Meirieu ; sculptures, marionnettes, mannequins, accessoires : Emily Barbelin ; son et musique : Félix Muhlenbach ; costumes : Moïra Douguet ; lumière Seymour Laval ; construction décor : Atelier du Théâtre du Nord ; régie plateau : Camille Lissarre, Jérémie Angouillant ; production : Le Bloc Opératoire ; coproduction : Théâtre (Lorient), MC2 (Grenoble) ,Théâtre du Nord (Lille), Le Volcan (Le Havre ), Célestins (Lyon), Théâtre (Bourg-en-Bresse ) ; audiodescription : Dune Cherville ; photo © Thomas Gallimaro.

En tournée :
12-13.11.2025 Théâtre Bourg-en-Bresse
21.11.2025 Le Vallon Landivisau
16>21.01.2026 Théâtre des Quartiers Ivry-sur-Seine
29-30.01.2026 MC2 Grenoble
26-27.03.2026 Théâtre Aurillac
02.04.2026 L’Estive Foix
09>11.04.2026 Festival Mythos Rennes
28-29.04.2026 CDN Rouen
05-06.05.2026 Le Volcan Le Havre
19-20.05.2026 Le Bois de l’Aune Aix-en-Provence
21.05.2026 Le Tangram Evreux
26.05.2026 Anthéa Antipolis Antibes

Comparer  :
Alexis Michalik, "Passeport" : https://www.webtheatre.fr/Passeport-d-Alexis-Michalik
Marine Bachelot Nguyen : "Boat people" www.webtheatre.fr/Boat-people-de-Marine-Bachelot-Nguyen
Matei Visniec, "Migraaaants" : www.webtheatre.fr/Migraaaants-de-Matei-Visniec
Fran Kourouna, "Notre soleil" : https://www.webtheatre.fr/Notre-soleil-de-Fran-Kourouma?var_mode=calcul

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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