Paris - Lucernaire jusqu’au 30 mars 2010
Misérables de Victor Hugo
Concentré de génie

C’est l’équipe gagnante du Lucernaire. Elle avait triomphé avec Délivrez Proust et Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare, librement malaxés par Philippe Honoré et joyeusement mis en scène par Philippe Person. Tellement gagnante que Philippe Person vient d’être nommé directeur artistique de ce théâtre très alternatif dans le concert parisien. Cette fois, le défi est aussi difficile que face à Proust : faire tenir Les Misérables dans une heure et quelques minutes de théâtre ! Honoré et Person ont choisi la solution des faisceaux. Certes, les acteurs disent et jouent des extraits du roman, mais ils en sortent parfois pour le commenter, citer tel point de vue, tourner le texte sous divers éclairages, avant de reprendre l’histoire, de rebondir de la transformation du forçat Jean Valjean en bourgeois traqué par l’inspecteur Javert, du domicile des méchants Thénardier à la rue où Gavroche chante sur sa barricade : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire », des débuts à la conclusion de l’idylle qui se noue entre les charmants Marius et Fantine.
La scène de planches est entre le forum, le champ de foire et le cabaret. Chaque acteur peut se replier dans une espèce de chaire auréolée d’ampoules – hommage au music-hall et aux lumières des coulisses - mais, le plus souvent, situé sur le plateau au gré d’une action toujours renouvelée et de personnages différents dont il faut endosser l’habit et l’esprit sur-le champ. Anne Priol, actrice au jeu si raffiné, assure toutes les féminités du livre avec l’émotion et la drôlerie dont elle a une palette infinie. Emmanuel Barrouyer se permet plus de parodies : il sait avec précision passer du décalage comique – en subtil bouffon d’aujourd’hui - à la gravité, du numéro personnel à la fusion dans le jeu collectif. Philippe Person joue moins, assure la continuité romanesque en prenant en charge le texte dans sa structure et son avancée ; mais il sait aussi s’interrompre pour être plusieurs personnages, fugitivement. Bien sûr, il n’y a là pas tout le roman mais son goût inimitable, son style, ses parfums, ses passions, son génie. On ne peut rêver meilleure entrée en terre hugolienne.
Misérables, librement inspiré du roman de Victor Hugo par Philippe Honoré, mise en scène de Philippe Person, décor de Vincent Blot, costumes d’Emmanuel Barrouyer et Anne Priol, lumières d’Alexandre Dujardin, avec Anne Priol, Emmanuel Barrouyer et Philippe Person. Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 30 mars (1 h 15).
crédit photographique/ Vincent Blot



