Maupassant(es) de Philippe Honoré
Un amant sans amour

Le Lucernaire, l’auteur Philippe Honoré et le metteur en scène Philippe Person se sont fait une spécialité de montages littéraires très théâtralisés. Il y a eu Proust, Les Misérables, Wilde. Et maintenant Maupassant à travers Maupassant(es) ! Ne s’épuisent-ils pas à employer une même recette ? Ce nouveau spectacle prouve le contraire. Philippe Honoré excelle à mêler les extraits des ouvrages et les éléments biographiques, de façon à constituer un double portrait : le portrait de l’œuvre et le portrait de l’auteur. De son côté, Philippe Person sait apporter à l’ensemble le mouvement, le contraste, la trajectoire, ainsi qu’une ironie qui fait fuir tout dogmatisme.
L’ironie, ici, par exemple, consiste à projeter, en action parallèle, pendant quelques minutes, une vieille émission en noir et blanc où le futur académicien Maurice Druon pontifie sur l’auteur de Bel-Ami en accumulant les poncifs. Le spectacle, comme le titre l’invite à penser, cerne surtout les relations de Maupassant avec les femmes : c’était un amant fort apprécié, un être humain très touché par le sort social et les personnalités des êtres du « second sexe », mais quelqu’un qui n’a jamais éprouvé l’amour au sens de la passion. Philippe Honoré privilégie, chez l’écrivain gaillard plus que paillard, les scènes sensuelles et les adultères derrière lesquelles Maupassant rit fort de l’ordre bourgeois. Mais, avec la syphilis, le romancier bascule dans la folie, la souffrance, puis la mort.
La mise en scène de Person fonctionne fort bien sur cette bascule entre le plaisir et la fin irrémédiable. Les acteurs vont aisément d’un climat à l’autre, très drôle dans la première partie, très noir dans la conclusion, de même qu’ils jouent sur des registres différents la fiction et les textes autobiographiques. Anne Priol met en jeu une mobilité, une diction, une présence fort originales qui lui permettent de changer de rôle avec infiniment d’habileté et d’esprit. Emmanuel Barrouyer sait passer sans effort du charme léger à l’extrême gravité : il a des moments d’une très grande force. Pascal Thoreau cerne finement les différentes figures du bourgeois séducteur, avec une savante et joyeuse précision dans les détails. C’est un bal chez Maupassant, à la Renoir et à la Lautrec en même temps.
Maupassant(es) de Philippe Honoré, d’après Guy de Maupassant, mise en scène de Philippe Person, décor de Vincent Blot, lumière d’Alexandre Dujardin, costumes d’Emmanuel Barrouyer et Anne Priol, avec Anne Priol, Emmanuel Barrouyer, Pascal Thoreau.(durée 1h05)
Lucernaire, 20 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 12 janvier.



