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Critiques / Théâtre

Marie-Antoinette d’après Stefan Zweig

par Gilles Costaz

Vie et mort d’une reine de France

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Marion Bierry est de retour au Poche. Elle y avait joué naguère et fait de grandes mises en scène (Après la pluie, L’Illusion comique), au temps où ses parents, Renée Delmas et Etienne Bierry, dirigeaient cette petite salle qui est l’un des grands lieux du théâtre. A présent, Philippe Tesson, Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez – le trio qui a repris le Poche - l’invitent à revenir dans cette scène étroite dont on arrive toujours à dilater les dimensions. Curieusement, le projet n’est pas totalement théâtral, au sens où le texte joué n’est pas une pièce mais un texte littéraire dont deux interprètes se partagent les mouvements et les respirations. Cette Marie-Antoinette, adaptée par Marion Bierry elle-même, est un livre d’histoire qui ne s’est pas démodé : le romancier, en son temps, avait effectué de grandes recherches et il a établi un récit méticuleux qui est d’abord sévère pour celle qu’on appelait l’Autrichienne et ne lui donne un éclat de grandeur qu’à la fin de sa courte vie, quand, prisonnière des révolutionnaires, privée de son fils Louis XVII, elle troque son narcissisme enfantin contre une dignité mangnifique.
Les deux personnages en scène sont, en même temps que des récitants, les reflets des deux figures qui sont en jeu. Thomas Cousseau, petite moustache, gilet et manches de chemise retroussées, est le double de Stefan Zweig : il l’incarne ouvertement en introduction puis devient l’un des deux narrateurs. Marion Bierry, en longue robe pourpre, les cheveux en vague brune, évoque sans cesse la reine de France, mais l’actrice reste à la troisième personne : l’on est dans une traduction vocale et physique du livre, en en respectant le caractère de narration. La mise en scène de Marion Bierry déplace les deux interprètes selon une discrète action dramatique et compose tout un jeu d’échos à partir du contraste entre ces deux acteurs et leur mobilité. Marion Bierry et Thomas Cousseau ont une présence vive et profonde. On pouvait espérer plus d’inattendu dans la mise en forme, qui tient ici du récital, mais, ainsi organisée et très organique, la soirée progresse d’une manière de plus en plus intense, la diction pure devenant une prise en charge très forte de la puissance du texte. Et nos coeurs cuirassés s’emplissent d’émotion !

Marie-Antoinette d’après Stefan Zweig, adaptation – d’après la traduction d’Alzir Hella - et mise en scène de Marion Bierry, collaboration artistique de Stéphane Bierry, lumières de Stéphane Balny, assistanat de Sarah Chovelon.

Théâtre de Poche-Montparnasse, 19 h, tél. : 01 45 44 50 21. (Durée : 1 h 20).

Photo Pascal Gély.

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