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Marc-Michel Georges, l’originalité même

par Gilles Costaz

L’auteur-acteur est mort la semaine dernière, à Champigny.

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Athlète complet de la scène, auteur, acteur, metteur en scène, chanteur, romancier, vidéaste, Marc-Michel Georges est mort prématurément. Un cancer a eu raison de cet artiste fort et vif comme un taureau. Il devait une partie de sa notoriété aux soirées de L’Amour d’écrire en direct dont il avait imaginé le concept et qu’il animait de manière truculente : le principe était de rassembler, sous le regard d’un parrain prestigieux et d’un journaliste sourcilleux, des auteurs et de les lancer dans l’improvisation. L’exercice et le résultat étaient souvent vertigineux. L’entreprise a vécu 11 ans et atteint 57 éditions. La dernière était il y a moins d’un mois. Cette réussite s’inscrit dans le livre intime des records que les amateurs de théâtre et d’impros possèdent en eux.
Marc-Michel était sur beaucoup de terrains à la fois. Il disait sur la page que lui avait donnée la Maison des écrivains et de la Littérature : « Je n’ai jamais su exactement pourquoi j’affiche auteur, comédien, metteur en scène, formateur, animateur alors que tout cela fait une vie dont en moi la cohérence. Une envie de n’être exclu d’aucun endroit ! Créer surtout. Ne pas refaire, car alors l’ennui pointe et ce n’est pas pour cela que j’ai tout lâché dans ma vie pour être ce que j’entends dans mon dos. Actuellement, j’ai l’obsession que le public retrouve le théâtre et le ressente comme le seul lieu où la parole est libre. L’obsession que le public aime à retrouver l’écriture dans ce qu’elle dit d’intime et d’universel à la fois. L’obsession que le public retrouve le chemin de ce qui doit le faire vivre au-delà de son cercle familial, de ses intérêts d’argent… » Son goût de travailler avec les autres, d’emmener ses confrères dans des mêlées un peu rugbylistiques, d’être aux points de discussion et de décision l’avaient amené à faire partie des EAT (Ecrivains associés du théâtre) et à en être l’un des artisans les plus actifs, surtout sous l’actuelle présidence e Philippe Touzet. Drôle, provocateur, l’œil tournant avec une attention de radar, il brassait à voix douce le paquet de passions qui explosaient en lui. Un jour, il nous sembla changé, fatigué. Le cancer et la chimio se livraient un combat féroce sous sa peau. « En ce moment, je suis malade », disait-il, pour être bref, pour parier sur sa victoire contre le mal.
Parmi sa vingtaine de pièces, on retiendra surtout Sur liste rouge. En se souvenant de numéros de téléphone tombés dans sa propre liste rouge, oubliés, inutilisés -, un homme égrène les souvenirs laissés par les femmes qui ont traversé sa vie. Quelques femmes. Juste cent cinquante-quatre ! Il n’en oublie aucune et passe en revue le moment où la séduction a eu lieu, celui où l’amour s’est fait et celui où la séparation s’est déclenchée. En général, ce ne furent que des aventures d’une nuit, très courtes en tout cas, comme si l’amour était impossible au-delà de quelques minutes d’éclat. Le conteur n’est pas fier. Il est l’anti-don Juan, l’anti-recordman. On pourra le juger machiste, mais il ne parade pas. Sa litanie n’est précisément pas une parade, mais un défilé d’échecs qu’il regarde étonné, déçu, caustique mais désespéré par lui-même autant que par ces rencontres belles ou ridicules, toujours sans lendemain.
Marc-Michel Georges a représenté la pièce, d’une telle difficulté – cent-cinquante mini-chapitres ! – en plusieurs étapes. Il l’a créée naguère au Ciné 13 Théâtre, puis au théâtre 14, puis dans le off d’Avignon, puis en 2014 à la comédie Nation, mise en scène par François Thomas. D’une voix intérieure, changeante, faussement détachée, il n’était jamais impudique dans l’impudeur. Dans ce long flash-back, il n’y a ni vainqueur, ni vaincues. C’est une quête sans victoire, un chant triste où la cruauté s’autorise de rares apparitions, des traits d’humour vite réfrénés. Il y a du Simenon là-dedans : du sexe dans la lumière de chambres trop banales. Mais Simenon ne chantait pas ! Marc-Michel Georges chante en fin de soirée, et il sait faire rire, même s’il s’oblige à ne pas provoquer les rires. Le moment – exceptionnel, sans équivalent - était très troublant, par son exercice littéraire, par son jeu et par son art de la confession qui ne devient claire que si le spectateur laisse remonter en lui ses propres errances. L’auteur était d’une grande puissance, l’interprète en mesure de se tenir sur des chemins mentaux acrobatiques comme, seuls, l’ont fait, en notre temps, Jean-Paul Farré dans ses propre textes et les acteurs André Marcon, Dominique Pinon et Daniel Znyk dans les textes de Novarina.

Marc-Michel Georges par la revue Entractes (SACD) en 2006 :
« Marc Michel Georges dirige la compagnie Théâtre de la Lune Noire (1980-1988) et crée 13 spectacles dont il est souvent l’auteur : Express bleu km Zéro (Espace Marais puis Th. Dunois, Paris, 1982), L’Impasse du désir (Festival du Carreau du Temple, Paris, 1983), Melody pour Mélanie (Th. Rive Gauche, Paris, 1984).
Comédien, il joue notamment dans des mises en scène de Philippe Adrien, Geneviève de Kermabon, Laurent Serrano. Il assure la direction d’acteurs au Cirque Plume (1996).
Il revient au théâtre avec Été 86 chez les Pujols (Th du Lucernaire, Paris, 1992, primée par « Beaumarchais » et les éd. l’Avant-Scène), La Maison Fri-Fri (Laboratoires d’Aubervilliers, 1994), Tu m’aimes comment (Th. du Proscenium, Paris, 2000), Pour en découdre (Ciné 13 Th., Paris, 2003), Animalité (La Ferme du Buisson, Marne-la-Vallée, 2003), Sur liste rouge (Ciné 13 Th., Paris, 2004 éd. l’Harmattan), Petits Bonheurs parmi les moins tristes (Sudden Th. et Th. du Lucernaire, Paris, 2005), Putain de fils (éd. Crater), Tignous (éd. Alna), Désirs et autres solitudes (éd. Alna), Terminus (d’Israel Horovitz, adaptation poétique, éd. l’Avant Scène). »

Photo : Marc-Michel Georges jouant Sur liste rouge, 2014, photo DR.

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