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Critiques / Théâtre

Mademoiselle Julie de Strindberg

par Gilles Costaz

Le désir un soir d’été

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130 ans après sa création, Mademoiselle Julie reste une pièce insensée et formidable : une nuit d’été, dans une maison d’un noble suédois, la jeune fille du comte provoque et séduit le majordome, couche avec lui et fait face aux conséquences de ce geste de folie et de liberté qui met en cause sa vie et l’édifice moral. On n’a cessé d’éclairer de lumières contradictoires cette œuvre rapide comme un feu qui s’emballe et qui, pour parler du désir, avait quelques dizaines d’années d’avance. Nils Öhlund en propose une nouvelle traduction, faite avec Clémence Hérout, et une mise en scène dont le premier mérite est d’être tendue comme un arc. Dès que la nuit du désir et de l’affrontement social après l’accomplissement du désir commence, toute une série de passions immédiates, de calculs souterrains et de réflexions précipitées se met en route, dans un tempo inéluctable où même les lenteurs vont d’un pas vif.
On a souvent dit de Strindberg qu’il était misogyne. Et il l’était, mais de façon complexe et douloureuse. Quoi qu’il en soit, sa Mademoiselle Julie, il l’aimait. Nils Öhlund en donne une image de femme prise au piège tout à fait tendre. L’interprétation de Jessica Vedel est belle et bouleversante. Son apparition avec une jupe de taffetas bouffante exprime d’abord un goût de la séduction aux limites du ridicule. Puis le personnage se débarrasse de ses atours mondains et entre dans une fragilité sans cesse poignante. Jessica Vedel est une grande interprète du rôle. Face à elle, Fred Cacheux (puisque que c’est lui que nous avons vu, le rôle étant tenu en alternance par lui et le metteur en scène) incarne le majordome avec une grande force subtile, détaillant chacune de ses ruses et chacun de ses espoirs à l’intérieur d’un comportement compact, secret et fermé. Il est lui aussi un bel interprète du rôle. Incarnant le troisième personnage – la cuisinière, l’amie du majordome -, Carolina Pecheny se coule dans la discrétion du rôle avec un sens très sûr de la dimension sociale et de la souffrance cachée.
On aime moins un parti pris de dépouillement qui cherche à simplifier à l’extrême tous les éléments : les meubles et les lieux de passage réduits à quelques panneaux de bois, les objets absents que les acteurs doivent évoquer par un jeu mimé. Mais cela est secondaire, et cela appartient à un style que, sans doute, Nils Öhlund met au point et fera évoluer ultérieurement. L’affrontement est magistral, particulièrement adapté à la relation d’extrême rapprochement que confère la petite salle du Poche.

Mademoiselle Julie de Strindberg, traduction de Clémence Hérout et Nils Öhlund, mise en scène de Nils Öhlund, scénographie et costumes de Laurianne Scimemi, lumières de Michel Bergamin et Laurent Schneegans, son de Grégoire Harrer, avec Jessica Vedel, Carolina Pecheny, Fred Cacheux en alternance avec Nils Öhlund.

Théâtre de Poche-Montparnasse, 21h, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 18 mars. (Durée : 1 h 50).

Photo André Muller.

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