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Critiques / Théâtre

Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler

par Gilles Costaz

Jeune fille à vendre

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La jeune et jolie Else est heureuse dans l’hôtel luxueux où elle profite du temps qui passe en même temps que quelques bourgeois autrichiens fortunés. Nous sommes à la fin du XIXe siècle et l’on cultive le plaisir ou le farniente quand on est du bon côté des hiérarchies sociales. Seulement une lettre arrive dans le courrier d’Else, qui gâche tout. Son père a fait de mauvaises affaires et risque la prison s’il ne peut disposer dans les deux jours d’une somme importante. Il suffit qu’elle aille demander cet argent à un vieil ami présent à l’hôtel. Et il suffira à Else de se montrer nue à ce vieux cochon pour que tout s’arrange. Else est foudroyée. Elle aime séduire, elle n’a pas à apprendre le b.a.ba de la sexualité, mais elle ne veut pas se vendre. C’est pourtant cela que lui demande son peu scrupuleux papa : se déshabiller pour satisfaire la concupiscence d’un libidineux plein aux as. Accepter, tricher, discuter, s’enfuir, se donner la mort ? Else est bouleversée par les angoisses, les contradictions et les débats intérieurs où cognent ses propres notions de la morale et de l’amour.
Plutôt que de maintenir les personnages secondaires, comme l’avait fait il y a une quinzaine d’années Didier Long dirigeant Isabelle Carré, Nicolas Briançon a préféré concevoir une adaptation où le personnage d’Else est seule en scène. Des voix enregistrées, des musiques et des images projetées l’enserrent mais Else est isolée, allant, venant, s’immobilisant, se révoltant, dans un espace clair obscur où se reflètent son drame intérieur et cette Autriche trouble du XIXe siècle finissant. L’adaptation est habile et la mise en scène de Briançon règle avec finesse les différents tempos d’un combat fiévreux où la liberté de la femme pourrait ne disposer que du désir de se donner la mort. Les costumes de Michel Dussarat et les projections d’Olivier Simola, aux lignes d’arabesques, contribuent à ce climat d’élégance oppressante. Dans ce rôle unique, l’interprète, Alice Dufour, est magnifique. Cette ex-danseuse, qu’on a découverte au théâtre dans le rôle comique du Canard à l’orange puis dans le personnage glamour de Sept Ans de réflexion, dispose d’une souplesse sensible qui lui permet de changer aisément d’état d’âme et d’être un personnage charnel mobile et vibrant. Elle privilégie l’interprétation de jeunesse, sa confusion d’esprit, sa fraîcheur, sa sincérité empreinte de naïveté, sa fougue et sa grandeur maladroite. Le conflit interne de Mademoiselle Else est tout en lignes brisées, Alice Dufour le dessine à sa façon, en harmoniques lignes courbes.

Mademoiselle Else d’après Arthur Schnitzler, adaptation et mise en scène de Nicolas Briançon, costumes de Michel Dussarat, vidéo d’Olivier Simola, lumières de Jean-Pascal Pracht, son d’Emeric Renard, voix d’Anne Charrier, Michel Bompoil, François Vincentelli, Magali Lange et Cécile Fiséra, avec Alice Dufour.

Théâtre de Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21. (Durée : 1 h 20).

Photo Pascal Gély.

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