Madame Pylanska et le secret de Chopin d’Eric-Emmanuel Schmitt
Comprendre la musique avec ses sens
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- 2 septembre
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Ayant été subjugué à 9 ans par la musique de Chopin que joue au piano une de ses tantes préférées, l’auteur (ou son double théâtral comédien) commence à apprendre à se servir de cet instrument afin de jouer du Chopin, uniquement. Etudiant à Paris, il s’adressera à une prof, Polonaise exilée, qui s’avère excentrique, dompteuse de chats domestiques (baptisés Rachmaninov, Rubinstein, Horowitz…), férue de formules à l’emporte-pièce à propos de la musique et des musiciens.
C’est à ce personnage que l’auteur-acteur donnera vie lorsqu’il ne racontera pas la sienne. Avec une certaine délectation, il incarnera sans jamais forcer le trait cette pianiste originale, atypique en diable, convaincante de même, impitoyable ou sarcastique dans ses jugements.
Jugez-en : Bach a composé comme un sourd ; Schubert écrivait pour un piano de chambre ; Wagner, des opéras qui crachent des décibels pendant des heures et d’ajouter : compositeur à infarctus et à varices ; un virtuose, est un Narcisse ; Pavarotti est un clown qui tient aux bravos… Et, pour couronner le tout, « Liszt est un dieu qui vient donner le spectacle de sa puissance, Chopin un ange déchu qui tente de rejoindre le sentier du ciel. » Elle en vient même à expliquer comment et pourquoi la Callas a fini du statut de déesse à passer à celui d’otarie bigleuse.
Derrière ce pittoresque provocateur, se dessine une façon d’aborder la musique non pas de manière intellectuelle mais avec le ressenti de son propre corps. Ce que réussit à transmettre la prof c’est qu’il ne suffit pas de jouer une musique mais de consentir à elle. Sa conclusion c’est celle qui, volontiers, s’appliquerait au présent de cette représentation, à l’écrivain momentanément comédien : « Vous vous écoutez trop ; et moi, quand vous vous écoutez, je ne vous écoute plus. »
Tellement vrai que, par trois fois, le spectateur est persuadé que l’œuvre est close. Par trois fois, il est mené vers du narratif supplémentaire trop explicitement explicatif. Demeure ensuite, en chacun, le souvenir de la musique transmise avec une sensibilité charnelle par le pianiste, Nicolas Stavy.
16e Festival Les Inattendues, Tournai (Be)
28.08.2026 Halle aux Draps, Tournai
Durée : 1h40
Texte : Eric-Emmanuel Schmitt ; pianiste : Nicolas Stavy ; mise en scène : Pascal Faber ; lumière : Sébastien Lanoue ; production : Théâtre Rive Gauche. ; photo © Fabienne Rappeneau.
Lire : Eric-Emmanuel Schmitt, Madame Pylinska et le secret de Chopin, Paris, Le Livre de Poche, 2024, 92 p. (7,20€)



