Ma mère qui chantait sur un phare

Gros Chagrins

Ma mère qui chantait sur un phare

Sur scène, quelques bâches tendues et rapiécées ( scénographie Raymond Sarti), tout à la fois façade d’une maison à l’abandon et balise de l’épopée labyrinthique de Marzeille et Perpignan, deux galopins de 13 et 10 ans, l’un à l’acné « irruptive comme le Vésuve », l’autre la cervelle sans cesse sous pression, « une vraie cocotte minute ». Deux frérots un peu paumés aux prises avec des petits soucis, - noyer les chiots de la chienne -, et des grands tourments, - aller récupérer Maman qui chante nue en haut du phare sous l’œil goguenard des villageois -, « elle a des jours pas comme les autres ma mère, des jours blancs qui s’enflamment comme une bûche ».

S’en suit, pour les deux gamins, une rocambolesque journée, émaillée de traverses et de catastrophes, où il est question de brin de paille dans « la foune » d’une grenouille, d’une vierge en plastique qui clignote, d’une petite fille aux cheveux blonds, avatar de « L’Enfant de la haute mer de Supervielle, de Dieu le père, d’un bâtiment Algéco réduit en bouillie, ce qui les mettra au parfum de la face cachée du monde des adultes. « On passe toute sa vie à caresser des pompons, ça n’empêche pas d’être cocu » remarque, amer mais philosophe, le conducteur d’engin, sorte de coryphée venant ponctuellement brosser le paysage et préciser le contour des évènements.

Une rapsodie de la douleur

Ma mère qui chantait sur un phare ( Actes Sud-Papiers ) est une histoire tendre et cruelle que Gilles Granouillet mixe de trivialité et de poésie, un conte fantastique où s’emmêlent récit et dialogues pour dire la douleur de la perte et de l’enfance à l’abandon, les vicissitudes de la vie où se croise sans se voir toute une humanité maillée de bobos et de rêves.

François Rancillac a eu la bonne idée de prendre la pièce comme elle est écrite, une rapsodie où se développent, s’emboîtent et de répondent les thèmes, où chacun est soliste et choriste, acteur et narrateur, laissant ainsi toute la place à la verve nerveuse de l’écriture. Tout de grâce déliée, Antony Breurec en Perpignan survolté et Riad Gahmi ado dépassé mais déterminé, sont épatants de vérité et nous embarquent dans leur virée déjantée mais initiatique qui, en dépit d’une distribution inégale, « nous tire par le bout du cœur » comme aurait dit feu Brassens.

Photo Christophe Raynaud de Lage

Ma mère qui chantait sur un phare de Gilles Granouillet. Mise en scène François Rancillac avec Patrick Azam, Antony Breurec, Antoine Caubet, Riad Gahmi, Pauline Laidet, Françoise Lervy.

Théâtre de l’Aquarium, Jusqu’au 3 février 1h30 tel 01 43 74 99 61

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre...

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