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Critiques / Opéra & Classique

MANON de Jules Massenet

par Caroline Alexander

Le Capitole en fête pour les adieux de Natalie Dessay à l’opéra

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Ce dimanche après-midi, pour la première de Manon de Jules Massenet au Théâtre du Capitole de Toulouse, il ne restait pas un seul strapontin à vendre ou à louer dans la salle. Un chaud soleil de fin septembre semblait avoir percé les murs et inondé le moral des spectateurs qui firent un triomphe au spectacle et à ses deux héros, Charles Castronovo, chevalier Des Grieux énamouré et, en Manon, frivole, enfantine, passionnée, joueuse et sacrifiée, Natalie Dessay faisant ses adieux à l’opéra.

Aux portes de la cinquantaine, la diva française, soprano colorature de haut vol, veut clore une carrière qui lui a fait endosser les âmes et les aigus des créatures les plus diverses, de La reine de la nuit de La Flûte enchantée de Mozart, à la facétieuse Zerbinette d’Ariane à Naxos de Richard Strauss, en passant par Lucia di Lammermoor ou la Fille du Régiment de Donizetti, Lakmé de (Léo Delibes, Olympia des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, Violetta de La Traviata de Verdi… parmi d’autres athlètes du bel canto… Retraite ? Surtout pas. Mais d’autres chemins de musique et de scène. La comédienne Dessay a prouvé depuis longtemps qu’elle adorait jouer la comédie. Et la musicienne se tournera vers d’autres répertoires : Un récital Michel Legrand, l’homme des Parapluies de Cherbourg est annoncé à l’Olympia et sera doublé d’un CD à paraître chez Erato.

"Adieu notre petite table"

En attendant, sur la scène du Capitole, elle a 16 ans, elle est Manon la gamine qui allume les cœurs et qui se laisse porter par le destin : amour fou dans une mansarde sous les toits, tentation d’une autre vie, de luxe et de luxure, elle se coule et roucoule dans les méandres secrets de l’enfant devenue courtisane, de la fille légère dévorée d’amour jusqu’à la mort–« adieu notre petite table… »- « n’est ce plus ma main, n’est ce plus ma voix » -. Son jeu se déploie à fleurs de nerfs, ses vocalises s’envolent comme des serpentins de carnaval masquant par leurs prouesses des graves qui s’étouffent et un medium parfois à la limite de l’audible.

Son amant de cœur est un américain à la beauté latine, Charles Castronovo, ténor de charme au legato de velours, qui avait déjà joué les séducteurs à Paris dans Le Roi d’Ys de Lalo et dans Mireille de Gounod (voir WT 1260 et 2020 des 9 octobre 2007 et 25 septembre 2009), s’investit ici à fond dans ce chevalier pris au piège de l’absolue passion. Il est un des Grieux si beau si sincère qu’il ferait fondre des cœurs de glace comme ceux des midinettes –« ma vie est dans ton cœur, ma vie est dans tes yeux »-.

Lescaut a l’autorité, l’impeccable diction, la clarté de jeu et le timbre d’ambre légère d’un jeune baryton hollandais, Thomas Oliemans. Robert Bork (le comte, des Grieux, père noble aux colères d’encre) Vaninna Santoni, Khatouna Gadelia, Hélène Delalande forment le pétillant trio Poussette- Javotte-Rosette, Luca Lombardo, Marc Canturri, Christian Tréguier (Guilot de Morfontaine, Bretigny, l’Hôtelier) complètent une distribution sans faux pas. Le Chœur du Capitole plus de 25 artistes plongés dans divers petits rôles achèvent u ensemble vocal de belle qualité.

Mise en scène, décors, costumes sont devenus des classiques

La mise en scène est signée Laurent Pelly, l’actuel directeur du TNT, Théâtre National de Toulouse, venu en voisin en quelque sorte comme il l’a avait déjà fait avec La Vie Parisienne et avec Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny (voir WT du 23 novembre 2010). Mais cette fois la production à l’affiche a déjà quasiment fait le tour du monde : Londres/Covent Garden, New York/le MET, Milan/la Scala l’ont accueillie avant Toulouse et Covent Garden a déjà prévu de la reprogrammer. Sa réalisation, ses costumes, les décors de Chantal Thomas sont pratiquement devenus des classiques. Pelly transfère le mélodrame de l’abbé Prévost (1753) au siècle de Massenet (1842-1912), et ce petit voyage dans le temps colle parfaitement au romantisme de la musique comme à l’esprit de l’Opéra- Comique où il fut créé en 1854.

Chapeaux haut de forme et robes froufroutantes de la Belle Epoque, guirlandes de lumières pour le Cour la Reine, colonnades et chaises en perspective pour Saint Sulpice, salle de jeux et route désolée pour fin tragique … Le réalisme prime dans les décors, tout est vraisemblable, de bon goût et sans surprise. Petit hic : les changements de décors prennent beaucoup de temps mais il est vrai qu’ils ont été d’abord conçus pour de vastes scènes. Leur installation sur celle, intime, du Capitole a demandé quelques aménagements malins et prennent du temps en supplément.

Sous les battues énergiques de Jesus Lopez Cobos, le toujours excellent Orchestre National du Capitole, donne du relief à Massenet. Son élégante musique prend chair. C’est superbe durant les ouvertures, mais durant les parties chantées les sonorités explosent parfois au détriment des voix. Simple effet d’une première peut-être qui probablement trouvera vite son volume de croisière.

Manon de Jules Massenet, livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’après l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l’abbé Prévost. Orchestre National du Capitole direction Jesus Lopez Cobos, chœur du Capitole direction Alfonso Caiani. Mise en scène et costumes Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, dramaturgie Agathe Mélinand, lumières Joël Adam, chorégraphie Lionel Hoche. Avec Natalie Dessay, Charles Castronovo, Vannina Santoni, Khatouna Gadelia, Hélène Delalande, Robert Bork, Thomas Oliemans, Luca Lombardo, Marc Canturri, Christian Tréguier et les solistes du chœur du Capitole .

Toulouse – Théâtre du Capitole, les 3, 10, 15 octobre à 20h, les 29 septembre, 6 et 13 octobre à 15h.

+33 (0)5 61 63 13 13 – www.theatreducapitole.fr

Photos : Patrice Nin

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