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Lucrèce Borgia de Victor Hugo

par Marie-Laure Atinault

Lucrèce, la nouvelle châtelaine de Grignan

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Cette année sera celle de Lucrèce Borgia. La fille du Pape a le vent en poupe ! Après la mise en scène de Lucie Berelowitsch avec Marina Hands, celle de Denis Podalydès qui enflamme la Comédie Française avec Guillaume Gallienne, David Bobée dirige Béatrice Dalle dans le rôle de la grande scandaleuse.

Victor Hugo écrit ce drame en trois actes après Le Roi s’amuse (présenté à Grignan en 2010). Il fait de la fille du pape Alexandre VI une dépravée, une empoisonneuse, qui a à sa solde des hommes de mains. Les libéralités prisent à l’égard de la vérité historique, par Victor Hugo ou Alexandre Dumas, n’embarrassent pas les auteurs et hypothèque la moralité des personnages.

Béatrice Dalle fait ses premiers pas sur scène avec ce rôle complexe. Lucrèce, malgré une propension funeste à se débarrasser définitivement de ceux qui la contrarient, ne doit pas faire horreur aux spectateurs. Lucrèce Borgia porte son nom comme un fardeau, victime et de son père et de son frère le terrible César Borgia. Elle, la scandaleuse, garde en son cœur le secret d’un fils né d’une coupable relation. Ce fils, qu’elle voudrait chérir, embrasser, serrer sur sa poitrine, ne doit pas savoir qui est sa mère. Elle le surveille de loin en loin. Mais elle ne lui inspire que le dégoût. On sent bien que chez les Borgia, les réunions familiales sont compliquées.

Le premier acte se passe à Venise. David Bobée a basé toute sa mise en scène sur la lagune. Devant le Château, l’aire de jeu est circulaire et remplie d’eau. Les comédiens assembleront des pontons pour la citée des Doges. L’eau sera omniprésente pendant toute la représentation même lorsque nous serons à Ferrare. L’eau fera miroiter la façade du château. Les reflets bleutés ou rougeoyants sont du plus bel effet. Jeu de miroir, de faux semblant, organisent toute l’intrigue. Béatrice Dalle prend peu à peu possession de son rôle, hésitante parfois. Mais elle apporte énormément à Lucrèce. Son passé de femme libre, la déchirure de Betty Blue, le personnage de 37°2 le matin, prend pour le public une dimension particulière. Elle se défend bien pour ce nouveau défi. Elle parle juste, dit bien son texte. Et mieux que cela. Elle devient indéchiffrable à son exécuteur des basses besognes, Gubetto. Elle est une bête blessée en son flanc. On sent que David Bobée aime son interprète. Pour lui, elle est un diamant noir. Le château est son écrin et les autres comédiens, les pierres qui sertissent le diamant central. Le problème est bien là et nous empêche d’adhérer complètement au spectacle. A part Jérôme Bidaux qui compose un Gubetto flamboyant, Alain D’Hayer excellent Don Alfonse d’Este et une Catherine Dewitt superbe Négroni, on cherche les comédiens. Si le reste de la distribution est composé de sémillants jeunes hommes à la plastique irréprochable, que l’on a plaisir à voir, la prose de Victor Hugo n’y gagne pas. On voit une troupe de jeunes gens qui s’ébattent comme des étourdis qui se sentent invincibles. Ils s’ébattent à plaisir, pataugeant, éclaboussant les premiers rangs. La réception chez la Négroni est une belle réussite, avec de beaux costumes et un tourbillon jubilatoire. Le public marche à l’unisson de la troupe. Tout le long du spectacle Butch McCoy nous enchante par son chant et sa musique.

David Bobée a réussit un spectacle populaire, avec des images d’une beauté fulgurante.

Lucrèce Borgia de Victor Hugo
Mise en scène David Bobée
Dramaturgie Catherine Dewitt
Composition musicale et chant Butch McKoy
Avec Béatrice Dalle, Jérôme Bidaux, Catherine Dewitt, Alain D’Hayer ….
Les Fêtes Nocturnes du château de Grignan jusqu’au 23 août
Tél : 04 75 91 83 65

Copyright Tous droits réservés par Pascal Zelcer

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