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Critiques / Opéra & Classique

Leur Carmen

par Christian Wasselin

Une adaptation bancale de l’opéra de Bizet nous donne envie de revoir et de réentendre la vraie Carmen.

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IL Y A DES SPECTACLES dont on se demande quel est leur enjeu ou leur raison d’être. Notre Carmen, « création d’après Georges Bizet », comme il est maladroitement écrit, fait partie de la liste. Car voilà un spectacle qui fatiguera les amoureux de Carmen, et aura du mal à convaincre tous ceux qui, de bonne foi, serient prêts à s’intéresser à l’opéra mais, timidité ou préjugé, n’osent pas. La déclaration d’intention du collectif berlinois Hauen und Stechen (littéralement : « Mettre en pièces et aiguillonner ») laisse rêveur : « Le travail pluridisciplinaire et de réécriture permet de penser l’opéra d’une façon nouvelle. (…) Notre objectif est de rajeunir le public de l’Opéra et de demeurer un laboratoire performatif dans le genre musical », etc., etc. En bref, il s’agit comme toujours de considérer l’opéra comme un genre momifié, de tripoter les grands ouvrages, d’offrir une matière frelatée à un public dont on ne voit pas pourquoi il se risquerait ensuite à approcher Les partitions originales.

Comme toujours, vraiment ? En réalité, on croyait ce discours passé, depuis que l’opéra est revenu à la mode. Proposer les petits moyens du théâtre musical (où les chanteurs sont aussi instrumentistes) est une recette des années 70 et 80, dont l’aboutissement, d’une certaine manière, fut La Tragédie de Carmen selon Peter Brook.

Épuisement

Le collectif précité, aidé de l’Ensemble Neuf, ne nous offre pas ici une épure ou une quintessence, mais une espèce d’opération de désossement et de rafistolage due à Louis Bona et Roman Lemberg, qui fait entendre les grands moments de la partition (arrangés pour violon, piano, harpe et flûte) joués dans un ordre arbitraire, des scènes parlées plus ou moins en rapport avec le sujet faisant le lien, le tout en allemand et en français, avec quelques répliques en anglais. Une ou deux chansons avec microphone et l’Intermezzo du Carnaval de Vienne de Schumann se glissent en outre dans cette trame on ne peut plus relâchée.

Mais si les instrumentistes sont excellents, les chanteurs se promènent de la stridence à la vocifération (les filles) à moins qu’on souffre avec eux des efforts qu’ils doivent fournir (les garçons). On ne les citera pas pour respecter l’esprit du collectif. La chorégraphie est sans consistance, la direction d’acteurs cumule remplissage et gags épuisés, et bien sûr on n’échappe pas aux vidéos qui sont vraiment la plaie du théâtre d’aujourd’hui, ou plutôt qui représentent le degré zéro de la mise en scène de théâtre. Qu’il s’agisse de voir en direct sur un écran des scènes qui se passent sur scène ou dans la salle, ou de s’amuser à des scènes de films muets ou de dessins animés, il y a là quelque chose de dévorant.

On a compris que ces quelque trois heures de spectacle sont plutôt pénibles à supporter alors qu’une pochade d’une heure bien troussée aurait peut-être pu nous divertir. Se retrouver dans une série de sketchs comme on en voit dans les mariages, quand les cousins veulent se moquer gentiment des mariés (car rien n’est méchant dans Notre Carmen), voilà qui nous rappelle que le meilleur moyen de connaître Carmen et de l’aimer est de l’écouter, tout simplement, loin de toute grimace et de toute pitrerie.

Photo Ioni Laibaroes

Notre Carmen d’après Bizet. Roman Lemberg, direction musicale ; Franziska Kronfoth, mise en scène ; collectif de théâtre musical Hauen und Stechen et Ensemble Neuf. Théâtre de l’Athénée, 14 novembre 2017 (prochaines représentations : 15, 17, 18, 19 novembre).

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