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Critiques / Théâtre

Lettre à un soldat d’Allah de Karim Akouche

par Gilles Costaz

AVIGNON OFF - Adresse à l’Orient et à l’Occident

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Dès la première seconde, ça cogne : « C’est fou comme tu as changé. Je ne reconnais ni tes yeux, ni ta barbe, ni tes idées. Un océan de cauchemars nous sépare. » Un homme, algérien, s’adresse à un ami de jeunesse passé du côté des islamistes. Il lui assène qu’au nom de sa foi, il a trahi tous ses idéaux de liberté. L’homme en scène n’a aucune prudence. Il dresse un inventaire effrayé des idées et des pratiques que son camarade a adoptées : le refus de la pensée, l’écrasement de la femme, la violence qui va jusqu’au meurtre… Mais le propos bascule. L’Occident en prend pour son grade à son tour. Quelle vacuité, quelle légèreté chez nous parfois ! L’auteur algérien vivant à Montréal, Karim Akouche, a la plume vigoureuse et imagée. Cette œuvre, dont l’on ne nous donne qu’un large extrait, est audacieuse et sans complaisance.
Alain Timar, grand artiste régnant en son théâtre avignonnais des Halles, propose cet été deux nouvelles mises en scène : Carnets d’un acteur avec Charles Gonzalès et cette Lettre à un soldat d’Allah. Nous n’avons pu voir que le second spectacle, qui est d’une grande percussion. Dans une sorte de salle de cours, le personnage unique écrit parfois sur les feuilles de papier d’un tableau. Surtout, il va et vient, par à-coups, et parle d’une voix passionnée, précipitée. La mise en scène de Timar évite de placer l’acteur dans une position toujours frontale. Il ne s’adresse pas toujours au public, tourne, s’éloigne de nous et parle à d’autres cantonades. Cet acteur, c’est Raouf Raïs, dont la présence est étonnante. Il introduit beaucoup de douceur et d’ironie dans la véhémence, fait du personnage imaginé par Karim Akouche un adulte toujours habité par l’esprit d’enfance. Oui, ça cogne, mais dans la subtilité.

Lettre à un soldat d’Allah, chroniques d’un monde désorienté, de Karim Akouche, mise en scène et scénographie d’Alain Timar, lumière de Richard Rozenbaum, arrangements sonores de Quentin Bonami, costume de TDH.

Avignon Off, théâtre des Halles, 14 h, tél. , avec Raouf Raïs.

Photo Louise Maignan.

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