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Les solitaires de la Chartreuse

par Gilles Costaz

Visite au Centre des écritures de Villeneuve-lez-Avignon

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C’est proche d’Avignon, mais de l’autre côté du Rhône, dans un autre département (le Gard), dans un autre monde. A la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, le silence était de rigueur, du temps des moines (qui se consacraient à la vie spirituelle et ne voyaient aucun étranger une fois entrés dans l’ordre). Il l’est toujours, mais d’une façon beaucoup moins stricte, à présent que l’immense bâtisse, quadrilatère et close au milieu du village, est devenue Centre national des écritures du spectacle. C’est un lieu béni pour les auteurs qui ont la chance d’y être acceptés pour une résidence de travail.
Chaque année, l’établissement accueille de 300 à 500 personnes. Il y a de 100 à 150 auteurs, les autres résidents étant des artistes qui peuvent participer à des expériences, des répétitions, des séances publiques (car, parallèlement aux résidences individuelles, il y a des résidences collectives). Pour accéder à ce paradis des travailleurs solitaires, ce n’est pas si facile. Le dossier doit comporter deux éléments essentiels : l’attestation d’une bourse ou d’une commande, et celle d’une aide publique ou privée (nationale comme le CNL ou Artcena, régionale…). Cela crée déjà une sélection sérieuse. La Chartreuse refuse les auteurs qui voudraient ne passer que quelques jours : il faut être là au moins de trois à cinq semaines. Mais certains séjours peuvent être de trois mois !
Catherine Dan a pris la direction de ce lieu qui, pour son intérêt historique, son état de conservation et sa politique écologique (pas de pesticides, on favorise le retour des insectes et des oiseaux), fait l’objet d’une fréquentation touristique importante. Le séjour des auteurs l’intéresse avant tout. « J’ai tenté d’apporter de nouvelles choses, depuis mon arrivée en 2016, dit-elle. J’ai travaillé à rendre la résidence plus accessible, à des prises en charge plus faciles. Nous avons rééquipé, grâce au ministère, plusieurs salles, ce qui permet aux compagnies indépendantes de travailler dans de très bonnes conditions. Nous avons davantage ouvert à l’international. Les relations avec la Belgique et le Québec se sont développées. Nous avons signé des conventions de réciprocité avec le Québec, le Bénin, la Guinée, qui permettent à des auteurs français d’aller dans ces pays et à des auteurs de là-bas de venir ici. La part des femmes est, je crois plus importante parmi nos résidents. »
On ne saurait citer tous les auteurs venus ces derniers mois à la Chartreuse. On pensera, pour donner une idée de la variété des générations, Nasser Djemaï, Louise Doutreligne, Marion Aubert, Julia Vidit, Marc Lainé, Cendre Chassane, Sabine Revillet, Marjorie Fabre, Guillaume Cayet, Caroline N’Guyen… Ce qu’a également apporté Catherine Dan, c’est un « conseiller dramaturgique ». Les écrivains résidents ne sont restreints à rien (ils peuvent participer à des ateliers d’écriture, présenter au public leurs premières versions, ou ne rien montrer – sauf, plus tard, le texte fini) mais, dans leur isolement, ils peuvent rencontrer un conseiller avec qui ils parlent du texte en cours. Ce n’est donc pas une obligation mais le conseiller principal, Christian Giriat, fait l’unanimité. « Il ne donne pas de recettes, il répond aux questions par des questions » nous a dit Nadège Prugnard.
La Chartreuse est aussi un lieu tourné vers le public. Toute l’année, sauf à la fermeture hivernale, ont lieu les « samedis de la Chartreuse », des laboratoires, des lectures, des spectacles, des expositions, des événements. Les habitués du festival d’Avignon savent que la manifestation vient jusque là, surtout à travers les représentations dans la grande salle du Tinel. Côté public, au moment où nous étions présents, nous avons assisté aux premiers pas des textes de Kheireddine Lardjam, Constance Larrieu et Didier Girauldon, l’Israélien Yuval Rozman, Nadège Prugnard. La pièce de Nadège Prugnard, lue par elle-même, sur sa relation avec son héritage portugais, est un coup de poing à la poésie fulgurante. Elle est l’une des grandes figures de la pépinière de la Chartreuse. Elle revient d’ailleurs, en juillet, lire sa pièce sur les migrants de Calais, No Border. Il fait bon, pour bien des écrivains, de se cloîtrer dans une cellule de moine à la Chartreuse.

Circa La Chartreuse BP 30 30404 Villeneuve-Avignon cedex ; tél. : 04 90 15 24 24.

Photo : Nadège Prugnard. (Photo Alex Nollet, La Chartreuse).

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