Accueil > Les Ritals d’après Cavanna

Critiques / Théâtre

Les Ritals d’après Cavanna

par Gilles Costaz

Mon père, ce héros

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

« Les Ritals » : le terme a perdu son acidité mais, dans les années 30, quand les ouvriers italiens arrivaient en France, ils devaient encaisser les étiquettes de « ritals » ou de « macaroni » qui n’étaient guère bienveillantes. Ainsi débarqua à cette époque-là le maçon Luigi Cavanna qui travailla avec un grand courage et gagna une petite place dans la société française. Son fils, l’écrivain et dessinateur François Cavanna, lui rendit hommage dans un récit précisément intitulé Les Ritals, en 1978. C’est le portrait d’un étranger marié à une Française, dur à la tâche et doux avec tous, cherchant à faire régner autour de lui la paix, le rire et un peu de justice. Le livre eut un grand succès. Bruno Putzulu a eu l’idée de la transposer au théâtre. Le projet n’avait rien d’évident, mais Putzulu savait qu’il fallait prendre ce risque et que c’était un rendez-vous important pour lui. Dans le maçon italien Cavanna il reconnaissait son propre père, berger sarde venu chercher un travail en France, et toute une manière de vivre, qui est celle des émigrés, liée aux coutumes qu’on a prises avec soi et qu’on entremêle à celles du pays où l’on s’est établi. On pense, quand se détaille l’image du paternel, à la formule de Victor Hugo : « mon père, ce héros au sourire si doux »…
Comme il est beaucoup question de famille dans l’évocation, Putzulu a demandé à son frère Mario Putzulu – qui a un joli passé d’acteur, d’animateur et de professeur - de faire la mise en scène. Celui-ci a mis au cœur du décor une table de cuisine couverte d’une toile cirée et des chaises. Une veste d’ouvrier est suspendue dans un coin. Le reste du plateau est vide, livré à un climat de pauvreté et de simplicité. En chemise blanche le comédien entre sur la scène : Bruno Putzulu sait être immédiatement dans le passé et le présent à la fois, conteur de ce temps révolu et acteur se mettant au service de personnages qu’il figure à peine mais rend présents : le père, la mère, les amis…
Les années du maçon Cavanna et des siens tournent cahin caha : il y a du travail, il y a aussi du chômage, Luigi se sacrifie un peu pour les autres et pour les chiens qui passent, le fils fait l’expérience du bordel et même de la fugue, les parents (la mère surtout) rêvent d’avoir donné naissance à un futur fonctionnaire… Bruno Putzulu suggère, dans ses mouvements, un corps un peu raide, des jambes un peu arquées, des épaules un peu voûtées. Ainsi évoque-t-il l’âge adulte et mûr mais il est le plus souvent dans la tendresse de l’enfance. Il interprète quelques colères mais la douceur domine. L’humanité passe aussi par le jeu en duo avec l’accordéoniste Grégory Daltin qui amplifie le climat franco-italien avec des citations musicales au bout des doigts et des notes personnelles rieuses ou nostalgiques. La mise en scène de Mario Putzulu s’appuie sur la complicité entre l’acteur aux mains nues et le musicien qui étreint le piano à bretelles, puis laisse flâner, rêver Bruno Putzulu dont la parole au timbre égal semble porter un chant intérieur passionné. Il y a là tant d’émotion ! De l’émotion jamais avouée, mais à chaque seconde présente, à fleur de mots, de silences, de sourires. Attention ! La grandeur des humbles donnée ainsi, cela risque de vous atteindre en plein cœur !

Les Ritals d’après François Cavanna (éditions Belfond), adaptation de Bruno Putzulu, mise en scène de Mario Putzulu, avec Bruno Putzulu, Grégory Daltin (accordéon, en alternance avec Aurélien Noël).

Festival d’Avignon off : théâtre du Chêne noir, 19 h 15, tél. : 04 90 86 74 87, jusqu’au 28 juillet. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.