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Les Petites Victoires de Pierre Notte

par Gilles Costaz

Ecoutez la chanson bien douce...

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Quelle fécondité chez Pierre Notte ! Dramaturge très fertile, il publie un nouveau roman, Les Petites Victoires, fort différent du roman précédent, l’étonnant et fort saignant Quitter le temps des assassins (un grand livre), paru en 2018. Cette fois, l’on n’est plus dans les coulisses de ceux qui veulent s’affirmer dans Paris par tous les moyens, mais plutôt chez les gens qui n’ont pas de moyens, sont entre la vie et la survie, se débattent le plus souvent là où on ne les voit pas. Parfois, l’on passe dans un milieu chic, mais l’on est plus généralement dans l’univers de tout le monde, un peu généreux, un peu sordide, où chacun abat ses cartes pour s’en sortir.
Il ne s’agit que de femmes. Ou, du moins, les quatre figures centrales sont-elles de touchants personnages féminins. D’abord, Clémence, qui va avoir 80 ans, qu’un passé sans joie a pas mal écrasée et qui rencontre un homme discret et doué pour le silence des confidences. Elle a été laborantine, a changé d’occupations, n’a jamais cessé d’agir, d’aider, de regarder ; elle cherche un dernier goût à savourer. Ensuite, ses deux filles complètent l’album, Lydie, l’instable qui rêve du Japon et finit par épouser un militaire de carrière, et Margaux, l’éternelle fugueuse, la trafiquante, qui se transforme en chanteuse à la gloire obscure. Enfin, il y a Prune, la fille de Margaux, blessée par un triste épisode de son enfance et qui se fait appeler Molly Bloom – nom trouvé dans un livre, sans beaucoup s’appesantir sur le récit de James Joyce - pour pratiquer des services tarifés au prix fort. Un homme relie la plus âgée et la plus jeune, mais on ne révèlera pas la construction subtile du livre qui danse sur l’échiquier du temps et d’une personne à l’autre.
« Ecoutez la chanson bien douce », murmurait Verlaine. Il n’y a pourtant pas de chanson dans ce texte de Notte qui est pourtant un grand créateur de chansons. Mais le livre vous enrobe comme la voix d’un goualeur faubourien, comme les notes d’un accordéon qui renouvelle ses ritournelles. L’écriture, volontiers crue, débordante d’images et d’odeurs, est moderne, comme sa représentation des femmes d’aujourd’hui. Mais la tendresse qui sourd, qui est la source de l’ouvrage, renoue avec le chant aimant des complaintes. On y parle fort peu de théâtre, c’est la preuve que l’écrivain n’a pas une inspiration qui tourne en rond. A lire avant, après ou pendant les Molières où Pierre Notte est nommé pour son ébouriffant Art d’être spectateur.

Les Petites Victoires de Pierre Notte. Editions Gallimard, 232 pages, 19, 50 euros.

Photo DR.

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