Paris, théâtre du Lucernaire jusqu’au 21 août 2010

Les Oranges d’Aziz Chouaki

La fureur et l’allégresse

Les Oranges d'Aziz Chouaki

C’est un « conte contemporain », dit l’auteur. L’anti-conte de fées de l’Algérie, l’histoire de ce pays narrée en une heure et demie, depuis la colonisation française jusqu’à l’indépendance et aux déchirements provoqués par l’islamisme radical. Pas de quoi rire, direz-vous. De quoi tempêter, invectiver, pour un auteur algérien comme Aziz Chouaki qui a fini par quitter son pays traversé de violences et d’assassinats d’intellectuels et d’artistes. Mais aussi de quoi se servir de son ironie pour se moquer des ambitieux et des grandiloquents qui mènent leur pays du côté de la haine et de l’absurde, de quoi s’amuser dans un fraternel esprit de revanche, comme on le fait au marché, sur la place publique ou chez soi. L’homme qui s’exprime seul laisse la parole flotter entre deux pôles : la balle de fusil qu’il porte au cou – trace de la folie meurtrière des hommes – et les oranges – ce fruit magique qui tient du cercle parfait et peut symboliser le bonheur des Algériens en temps de paix. Il évoque de grandes dates de l’Histoire, des luttes, des massacres, l’ingéniosité du petit peuple, la folie du fanatisme. L’orange qui n’est pas muette et à qui il s’adresse lui demandera d’enterrer la balle de fusil « le jour où tous les gens de cette terre d’Algérie s’aimeront comme s’aiment les oranges ».
Le texte de Chouaki a souvent été joué, et même mis en scène par l’auteur lui-même. Laurent Hatat propose une nouvelle mise en scène d’une vitalité merveilleuse, qui repose sur la simplicité des moyens (un tréteau nu, à part deux malles en osier), l’ajout d’une chanteuse qui devient l’écho et la partenaire du conteur (l’excellente Mounya Boudiaf) et la présence rayonnante, joueuse, rieuse, précipitée d’Azzedine Benamara, dans le rôle du conteur. Benamara porte la pièce dans un grand mouvement qui brasse avec la même inspiration la fureur et l’allégresse. Les deux interprètes viennent de l’école du Théâtre du Nord dirigée par Stuart Seide. C’est l’un de leurs premiers spectacles de professionnels, où ils sont déjà très convaincants.

Les Oranges d’Aziz Chouaki, « direction » de Laurent Hatat sur une idée d’Azeddine Benamara, avec Azzedine Benamara et Mounya Boudiaf. Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34, 19 h mais changement d’horaire le 15 juin (21 h), jusqu’au 21 août, durée : 1 h 25. Texte aux éditions Mille et Une Nuits.

crédit photographique : Max Rozereau

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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