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Critiques / Théâtre

Les Oiseaux d’Aristophane

par Gilles Costaz

Bisbilles dans la stratosphère

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S’il y a, en, France, un maître du théâtre brillant, apparemment léger et insidieusement profond, additionnant la force du jeu et la beauté plastique, c’est bien Laurent Pelly, directeur du Théâtre national de Toulouse (jusqu’à la fin de l’année – le 1er janvier, il cèdera sa place à Galin Stoev) et metteur en scène demandé par les structures et les opéras du monde entier. Pour terminer son mandat toulousain, il s’est emparé des Oiseaux d’Aristophane, une comédie difficile à représenter non seulement parce qu’elle fait des allusions à des mœurs et des croyances du Ve siècle avant Jésus-Christ mais aussi parce qu’elle multiplie les rôles de volatiles et de terriens suspendus dans les airs ! L’histoire est connue : deux humains ont quitté Athènes pour s’installer au-dessus de la terre, à Coucouville-les-Nuées – si l’on traduit ainsi la formule du poète grec -, dans l’espoir d’être enfin à l’abri des tracasseries qui règnent sur notre planète. Mais, dans ce prétendu paradis aérien, les oiseaux sont aussi des individus impossibles à vivre. D’autres hommes et les dieux qui demeurent plus haut dans le ciel viennent ajouter au climat d’invective généralisée. Coucouville-les-Nuées, c’est l’enfer !
Le plaisir procuré par ce spectacle – dont la tournée s’achève à Marseille - est au rendez-vous car l’objet concocté par Pelly ne manque pas de beauté (depuis plusieurs années, Pelly dessine lui-même le décor et les costumes de ses réalisations). Cette assemblée de bipèdes au long bec est tout à fait réjouissante. Mais notre plaisir reste limité. La traduction d’Agathe Mélinand trouve des équivalences aux formules truculentes d’Aristophane (dans une liberté respectueuse, très loin de la réinvention personnelle telle que la pratique Serge Valletti). Mais la réflexion sur la forme du théâtre comique antique telle qu’on peut l’adapter aujourd’hui ne semble pas avoir été menée au-delà des images classiques que l’on a de ces farces plus politisées que policées. L’un des problèmes, c’est le choeur. Peut-on laisser une communauté d’acteurs dire les mêmes phrases en s’agitant ? C’est plaisant mais donne l’impression d’un exercice, d’une recherche imitative d’un art antique stéréotypé par la transmission scolaire. Heureusement, il y a beaucoup de belles scènes et des acteurs – tois athlétiques - qui ont la solidité pugilistique nécessaire : Georges Bigot, Alexandra Castellon, Eddy Letexier, Emmanuel Daumas... Mais ces Oiseaux d’Aristophane ont le vol un peu moins inspiré que le magnifique Oiseau vert de Gozzi, la précédente mise en scène du stratosphérique Laurent Pelly.

Les Oiseaux d’Aristophane, traduction d’Agathe Mélinand, mise en scène, décors et costumes de Laurent Pelly, lumières de Michel Le Borgne, son de Joan Cambon , maquillages de Suzanne Pisteur, accessoires de Jean-Pierre Belin et Claire Saint-Blancat, perruques de Zoë van der Waal, assistante à la mise en scène : Sabrina Ahmed, avec Georges Bigot, Eddy Letexier, Alexandra Castellon, Emmanuel Daumas, Grégory Faive, Régis Lux, Benjamin Meneghini, Antoine Raffalli, Fabienne Rocaboy, Damien Vigouroux, Simon Corbier et les 7 comédiens de l’Atelier : Sonia Belskaya, Romain Busson, Raphaël Caire, Anne Duverneuil, Nicolas Lainé, Nick Newth, Malou Rivoallan.

Une production du Théâtre national de Toulouse, en tournée à Marseille, Théâtre du Gymnase, du 13 au 17 juin, tél. : 04 91 24 35 24. Texte aux éditions Les Solitaires intempestifs. (Durée : 1 h 50).

Photo Polo Garat, Odessa.

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