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Critiques / Théâtre

Les Mille et Une Nuits, une création de Guillaume Vincent librement inspirée des Mille et une nuits.

par Brigitte Coutin

Une version inventive et foisonnante

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Les contes séduisent Guillaume Vincent. Après un spectacle pour enfants à partir d’Andersen, Songes et Métamorphoses d’après Ovide et Shakespeare en 2017, Guillaume Vincent s’empare de l’œuvre conséquente des Mille et Une Nuits, découverte en France au XVIIIe siècle dans la version édulcorée d’Antoine Galland qui ajoute quelques contes personnels. Guillaume Vincent a choisi la traduction de Mardrus plus âpre, plus violente et plus sensuelle. L’orientalisme mièvre n’a pas sa place ici.

Le récit cadre des Mille et Une Nuits est conservé. Le Sultan Schahriar, suite à l’infidélité de son épouse qu’il a fait assassiner, a décidé de faire décapiter chaque matin la jeune vierge qu’il a déflorée pendant la nuit. La violence est là. Dans un décor digne d’un film d’horreur, la terreur des jeunes femmes vêtues de robe de mariée est ponctuée par une sonnerie macabre et le sang macule de plus en plus l’escalier qui les conduit à la mort. Devant tant de barbarie apparaît la fille du vizir, Shéhérazade, jeune femme cultivée, forte et décidée à affronter le sultan avec pour seule défense, ses histoires. Le destin de Shéhérazade dépend de ses contes. Certains personnages des contes convoqués échappent à leur destin grâce à leur récit et constituent des mises en abyme du projet de Shéhérazade mais aussi de l’artiste passeur d’histoires, comme le suggère le début de la deuxième partie du spectacle. Le pouvoir de la fiction est un sujet central pour Guillaume Vincent. « Tout le monde peut arrêter la barbarie à l’aide de la fiction, du merveilleux – à condition, bien sûr, de parvenir à se faire écouter » déclare-t-il dans un entretien avec Daniel Loayza.

Guillaume Vincent a choisi quelques contes moins connus auxquels il a ajouté quelques textes écrits au plateau et l’histoire de l’immense artiste égyptienne Oum Kalthoum, figure féminine forte qui fait écho à Shéhérazade et rappelle subtilement l’Orient. Les scènes s’enchaînent pour aborder les thèmes de l’exil, des relations hommes – femmes qui mêlent désir, amour, passion et violence. Autant de sujets qui rappellent le caractère universel des contes et qui prennent une résonance particulière à notre époque.
Sur le modèle des récits enchâssés dans les Mille et Une Nuits, les histoires présentées s’imbriquent de manière labyrinthique et foisonnante. Dans un décor qui évolue sans cesse, le spectateur est invité à un voyage parfois un peu déroutant qui passe par la Bretagne pour l’histoire de la femme aux mains coupées, jouée en costumes bretons, l’Egypte, des lieux imaginaires et Paris dans la deuxième partie. Selon les histoires plus ou moins longues, Guillaume Vincent explore des genres et des registres variés et contrastés et fait se succéder scènes violentes et tragiques, scène érotique avec le portefaix et les trois femmes, scène grivoise et comique, scène amusante avec les monstres relevant de l’imaginaire enfantin et merveilleux, scènes d’amour. Les onze comédiens, à l’occasion chanteurs ou danseurs, passent d’un personnage à un autre avec plus ou moins de réussite et revêtent de nombreux costumes fort différents qui participent à l’inventivité débridée de cette version contemporaine des Mille et Une Nuits qui peut parfois étourdir et perdre le spectateur.
Enfin on soulignera l’importance de la bande-son et la présence de Florian Baron, polyinstrumentiste capable de jouer du oud et de la bombarde, qui complètent la volonté de Guillaume Vincent de faire « dialoguer l’Orient et l’Occident ».

Les Mille et Une Nuits, une création de Guillaume Vincent librement inspirée des Mille et une Nuits, mise en scène de Guillaume Vincent. Avec Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benbou, Lucie Ben Dû, Haná Bouab, Andréa El Azan, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Makita Samba, Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff. Dramaturgie : Marion Stoufflet. Scénographie : François Gauthier-Lafaye. Collaboration à la scénographie : Pierre-Guilhem Coste. Lumière : César Godefroy. Collaboration à la lumière : Hugo Hamman. Composition musicale : Olivier Pasquet. Son : Sarah Meunier-Schoenacker. Costumes : Lucie Ben Dû. Assistant à la mise en scène : Simon Gelin.

Durée : 3h (avec un entracte).
Odéon, théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, 75006 Paris.
Réservation : 01 44 85 40 40
Jusqu’au 8 décembre 2019, du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 15h.
Tournée 2019/2020
13 et 14 décembre 2019, Maison de la Culture d’Amiens
19 et 20 décembre 2019, Malraux – Scène nationale Chambéry Savoie
7 et 8 janvier 2020, La Comédie de Valence CDN
15 et 16 janvier 2020, CDN de Besançon
21 et 22 janvier 2020, La Filature-Scène nationale-Mulhouse
26 et 27 janvier 2020, Scène nationale de Châteauroux
4 au 8 février 2020, Théâtre du Nord – CDN Lille Tourcoing
12 au 14 février 2020, Théâtre de Caen
25 et 26 février 2020, Scène nationale d’Albi
3 au 7 mars 2020, TNB-Centre Européen Théâtral et Chorégraphique
19 au 21 mars 2020, La Criée – CDN
25 et 26 mars 2020, Le Quartz – Scène nationale de Brest

Crédit photo : Elisabeth Carrecchio

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