Les Fourberies de Scapin de Molière
Arnaque en bord de mer

Même Les Fourberies de Scapin restent une pièce difficile d’accès pour certains spectateurs, en raison du langage très écrit de Molière. Même dans la truculence, c’est la belle langue d’un maître du XVIIe siècle. L’histoire, elle, est fort claire, du moins relativement, parce qu’on peut aussi s’y perdre dans les motivations d’un valet, roi de l’arnaque, qui s’occupe de plusieurs affaires à la fois et sert les intérêts d’un jeune homme en plumant deux riches vieillards ! Mais la pièce, par sa trame, peut intéresser un public jeune, qui a besoin qu’on lui présente des classiques de façon lisible et vivante. L’entreprise de Jean-Philppe Daguerre, au sein de sa compagnie Le Grenier de Babouchka, répond pleinement à cette attente-là : pas de démagogie, pas de transposition moderniste facile, pas de passéisme non plus. C’est vif et éclairant.
Dans un décor de port, juste évoqué par une grande voile blanche, tout se trame sur l’étroit périmètre du quai où l’on pêche à la ligne et où passent gens du peuple et noblesse en pourpoint. Scapin est interprété par un acteur étonnant, Kamel Isker, d’une rare élégance dans la farce et la traduction de la vie populaire ; il a manifestement une grande intelligence du texte et de la scène. David Mallet a une présence très juste dans le rôle de Sylvestre. Les vieillards, joués par Patrick Clausse et Pierre Benoist, sont drôles et parviennent même à être émouvants, ce qui est un exploit dans ces rôles d’avares ridicules. La jeunesse, Sébastien Gorki, Agathe Sanchez, Jeanne Chérèze, Constantin Balsan, n’est pas en reste en matière de vivacité et d’à propos. Voilà réhabilitée et rajeunie la bonne vieille formule de la matinée classique !
Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, décor et accessoires de Deborah Durand, costumes de Catherine Lainart, avec Kamel Isker, Pierre Benoist, Patrick Clausse, Sébastien Gorki, Constantin Balsan, Agathe Sanchez, Jeanne Chérèze, David Mallet.
Théâtre Michel, en matinée, à 14 h, certains après-midi, en alternance avec les autres spectacles de la compagnie Le Grenier de Babouchka, tél. : 01 42 65 35 02. (Durée : 1 h 30).
Photo Fabienne Rappeneau.



