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Critiques /

Les Elucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce d’Edouard Baer

par Gilles Costaz

Talentueux égarements

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Au théâtre Antoine, à l’heure où devraient sonner les trois coups (qu’on ne frappe plus), il y a bien un comédien en scène, assis dans un décor de bar, cerné par les bouteilles. Mais on ne voit pas l’acteur attendu, Edouard Baer. Soudain un homme qui lui ressemble et qui est bien (tout compte fait, tout détail examiné) Edouard Baer. En manteau, il arrive de l’extérieur, enfile l’allée centrale, bouscule les spectateurs placés sur des strapontins, monte sur le plateau et demande où il est. Il s’est trompé de théâtre. Il devait jouer autre chose dans la salle d’à côté, et il est sur la scène où il ne devrait pas être…
Tel est l’esprit du nouveau spectacle d’Edouard Baer, commencé dans une tonalité d’égarement mental qui ne va pas le quitter mais, au contraire, rebondir dans une série de propos faussement décousus mais toujours perchés sur un absurde nourri de références et adressé de préférence à un public cultivé. Le téléphone sonne de tout côté : les appels sont pour cet huluberlu dont personne ne devrait savoir qu’il est là. Un dialogue au téléphone provoque une idée, puis une autre. L’égaré entend des acteurs disparus ou absents. Il les imite. Ce sont Noiret, Marielle, Gabin, Piccoli… D’autres grandes figures surgissent dans ses propos, comme Malraux et l’auteur que Baer préfère sans doute à tous, Romain Gary. Cahin-caha, on passe de l’hommage à Jean Moulin par Malraux à Brassens, Bukowski, Thomas Bernhard… Ce passant se promène parmi les fantômes qu’il aime, sans oublier les vivants : sa femme à laquelle il parle au téléphone et qui arrive à le joindre par on ne sait quelle grâce du saint-esprit, ce acteur qui était en scène avec lui et qu’il transforme en véritable interlocuteur. Pour ne pas être retrouvé par d’éventuels poursuivants, il cherche à se cacher et, au bout du compte, repart vers le hall et le boulevard de Strasbourg d’où il vient… Il sera quand même là pour les saluts !
Légèreté ? Oui, légèreté profonde. Dans son texte comme dans son jeu, Edouard Baer est la classe même, l’humour qui rend grâce au lieu de faire mal.

Les Elucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce d’Edouard Baer, mise en scène d’Edouard Baer, collaboration artistique de Perrine Malinge, avec l’ « aide précieuse », d’Isabelle Nanty et Barka Haj, assitant d’Eugénie Poumaillou, décor de William Mordos, lumières de Laurent Béal, avec Eduoard Baer et Christophe Meynet.

Théâtre Antoine, 21 h, tél. : 01 42 08 77 71, jusqu’au 3 . (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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