Les Ecrits de M. Girardot de Nozeroy

Vrai manuscrit ou texte d’un faussaire ?

Les Ecrits de M. Girardot de Nozeroy

Un homme est seul en scène. Le cheveu gris et long. Le torse nu visible à travers l’ouverture d’un long manteau noir. Autour de lui, rien, ou presque. Juste les pages du livre qu’il a écrit. Il nous parle depuis le XVIIe siècle, depuis les années violentes de Fronde et des guerres de conquête entre le royaume de France et les duchés. L’homme, du nom de Girardot de Nozeroy, est en Franche-Comté, territoire étranger que guignent la France et ses alliés. Alors comment vivre dans un tel climat de guerre, de siège, d’incursions et de privations ? Notre personnage est historien philosophe, il a sous-titré son texte « Des ré-épousailles avec son corps » et il conte qu’il atteint une forme de bonheur en s’isolant, en se détachant de son enveloppe charnelle – pour mieux la réinvestir et l’habiter dans la joie d’une transcendance qui n’est pas celle de l’Eglise catholique. Il n’en aime pas moins autrui et surtout sa compagne au corps pulpeux. Il chante l’horreur de la brutalité guerrière et le plaisir d’être dans la fusion avec la chair et la nature.

Le comédien Christian Pageault précise, dès le début, du spectacle que ce texte est inédit, n’avait jamais été publié et a été retrouvé dans les archives d’une bibliothèque. S’il est authentique, il est stupéfiant pour l’époque. S’il ne l’est pas, c’est un fort brillant exercice. Ce qui plaide pour l’authenticité, c’est que Girardot de Nozeroy a vraiment existé et qu’à cette époque, il a été un historien qui comptait, dont les livres sont restés, connus des spécialistes de la Franche-Comté. Ses textes plus personnels peuvent avoir traversé le temps, dans un archivage régional ou municipal. Ce qui plaide pour l’imposture – ce serait un faux brillamment rédigé -, ce sont bien des aspects modernes du texte : le fait de parler de soi bien avant l’égocentrisme d’un Rousseau, une philosophie panthéiste à la Walt Witman, un regard sur la guerre qu’on peut trouver chez les Espagnols comme Cervantès mais pas dans la littérature d’expression française avant Voltaire.
Quelle est donc la réalité des Ecrits de Girardot de Nozeroy ? La fin du spectacle donne la réponse. Qu’on en soit satisfait ou déçu, le comédien Christian Pageault – dont on peut dire qu’il est l’adaptateur du texte, à moins qu’il ait plus de responsabilité dans la mise au pont de cette pile de feuillets égrenés sur la scène – a une étonnante présence, une force traversée d’ironie, une grande capacité à faire voyager dans le passé et les cheminements mentaux. Son art est celui de nous emporter pour nous faire marcher sur un fil.

Les Ecrits de M. Girardot de Nozeroy , conception et interprétation de Christian Pageault, collaboration artistique d’Isabelle Jobard, Bernard Guyolle et Jacques Brucher. Lucernaire, 18 h 30, tél. : 01 45 44 57 34. Jusqu’au 19 octobre. Texte publié par www.page27.fr (Durée : 1 h 05).

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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