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Critiques / Comédie & Humour

Les Deux Canards de Tristan Bernard et Alfred Athis

par Marie-Laure Atinault

Une comédie pour s’ébrouer ou comment le théâtre Antoine est devenu la canardière la plus chic de tout Paris !!

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Alors que l’hiver s’annonce rigoureux, l’expression « un froid de canard » est d’actualité. Il faut savoir que les volatiles en s’ébattant, doivent rire autant que les spectateurs qui se pressent au théâtre Antoine puisque la comédie de Tristan Bernard est l’un des gros succès de la saison !

Il faudrait d’office donner une médaille aux metteurs en scène qui décident de monter des pièces oubliées, ou inconnues, par défaut de mémoire. « Les Deux Canards » est une comédie qui n’a pas lassé son public puisqu’elle fut créée en 1913 au Palais Royal. Tristan Bernard n’est pas que l’auteur de bons mots. Le vénérable barbu écrivit des romans, des pièces dont le célèbre « Petit café », des articles et son talent est proverbial chez les cruciverbistes.

Celui qui écrivit dans les premiers numéros du Canard enchaîné nous livre avec Alfred Athis un petit chef d’œuvre d’humour. Nous suivons les aventures amoureuses et journalistiques d’un brillant écrivain parisien, Lucien Gélidon (Yvan Le Bolloc’h). Lors d’un déplacement en province, le sémillant Gélidon ne pensait pas succomber aux charmes d’une femme tornade, Léontine Béjun (Isabelle Nanty) dont la vocation est d’être amoureuse comme d’autres sont bonnes cuisinières ! Comme tout se sait en province, Léontine, femme d’imprimeur, est pleine de ressource. Elle fonde un journal de gauche et bombarde Gélidon rédacteur en chef. Ainsi, son cher amour peut rester dans la place comme journaliste dans le journal local. Léontine est aidée par la tonique Amélie Flache (Catherine Chevallier), une suffragette et femme de gauche convaincue ayant de vraies dispositions pour l’amour !

D’une conviction à l’autre

Gélidon, qui est traité comme un coq en pâte, s’amuse beaucoup a exercer sa plume contre le chef du parti adverse, un ultra, le Baron Saint-Amour ( Gérard Chaillou). Notre coq tombe amoureux d’une colombe, la jolie Madeleine qui est la fille du Baron. Qu’à cela ne tienne, Gélidon devient le rédacteur en chef du journal de droite que lance le Baron. Le voilà rédacteur de deux canards. Gélidon est épuisé, il écrit soir et matin. Selon l’heure de la journée, il a des convictions de gauche ou de droite et il est toujours d’une foi inaltérable. Il traine dans la boue son adversaire (c’est-à-dire lui-même), allant jusqu’à des extrémités bien embarrassantes pour ce Docteur Jekill et Mister Hyde de la polémique !

Une basse cour bien réjouissante !

Les démêlés de Gélidon avec lui-même sont bien réjouissants. Alain Sachs redonne vie sur les planches à ce petit bijou d’humour. Tristan Bernard et Alfred Athis épinglent avec une alacrité communicative une mode bien de l’époque, l’éclosion des feuilles de chou. Le texte est brillant, les répliques fusent et les personnages sont tous dessinés avec un passif qui donne du grain à moudre aux comédiens. La réussite du spectacle vient que tous les rôles sont tenus par d’excellents comédiens. Isabelle Nanty est une amoureuse dans l’âme, voilà une femme qui n’a pas froid aux yeux ! Elle dégage une humanité sereine pleine de candeur. Nous devons l’avouer nous sommes toujours sceptique lorsque une vedette du petit écran vient sur les planches, on pense à un coup de pub. De la « Caméra café » aux « Deux Canards », il y a un monde, quoi que….. Yvan Le Bolloc’h est parfait en Gélidon prit dans les rets de Cupidon et de la politique. Il a une vraie présence sur scène, et sait jouer sans forfanterie de son physique avantageux. Voir Pierre-Olivier Mornas est toujours un plaisir que l’on estime trop rare. Même sentiment à l’égard de Catherine Chevallier. Cette comédienne sait faire d’un petit rôle un personnage de premier plan. Son jeu est un mélange de drôlerie et de finesse. Jean-Louis Barcelona joue à merveille les victimes, retenez bien son nom car il nous réserve bien des surprises.

Alain Sachs a donné à sa mise en scène un charme un peu désuet, se mettant en retrait pour que le texte soit servi au mieux. Espérons que le succès de ces palmipèdes donnera envie de redécouvrir le théâtre de Tristan Bernard.

La distribution des « Deux Canards » compte onze comédiens, des décors, des costumes d’époque, un vrai défi pour un théâtre privé. Il faut saluer le courage des directeurs Helena Bossis, disparue cet été, et Daniel Darés d’avoir permis l’envol des Deux Canards !

Les Deux Canards de Tristan Bernard et Alfred Athis. Adaptation et mise en scène Alain Sachs. Avec Isabelle Nanty, Yvan Le Bolloc’h, Urbain Cancelier, Pierre-Olivier Mornas, Gérard Chaillou, Jean-Marie Lecoq, Catherine Chevallier, Jean-Pierre Lazzerini, Jean-Louis Barcelona, Michel Lagueyrie, Cassandre Vittu de Kerraoul. Théâtre Antoine Tél : 01 42 08 77 71

Photo : Daniel SACHS

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