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Critiques / Théâtre

Les Cahiers Max Jacob

par Gilles Costaz

Max Jacob, un fou de théâtre

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Immense poète de la première moitié du XXe siècle, Max Jacob ne vécut pas – on le sait - au-delà de sa 68e année, victime des nazis et de la gendarmerie française qui l’internèrent en 1944 dans le camp de Drancy où il mourut peu de temps après son arrestation. Il accomplit pourtant une œuvre abondante d’écrivain et de peintre, tout en cultivant les passions du théâtre, du cirque et la musique. Le dernier numéro des Cahiers Max Jacob consacré à Max Jacob et les Arts de la scène, dont nous rendons compte tardivement, apporte sur l’amour du poète pour le monde des saltimbanques les éclairages qui nous manquaient jusqu’à présent.
Ces dernières années, qu’a-t-on vu au théâtre qui porte la signature de Max Jacob ? A part des poèmes dits à l’intérieur de récitals composites, presque rien, nous semble-t-il. Il faut remonter à 1986, année où Jacques Rosner présenta Le Terrain Bouchaballe (pièce que Jacob tira de son roman éponyme) au Sorano de Toulouse puis à Paris, à Chaillot. C’est à peu près tout ce que l’on peut repérer en quarante ans. On peut y ajouter de rares re-créations sur France Culture et des lectures faites par Jean-Claude Penchenat, dans le cadre de son forum 104, Roland Bertin et quelques autres, certaines ayant été suscitées par l’Association des amis de Max Jaob : on peut les considérer comme des graines plantées dans un terrain largement oublieux de notre auteur.
Auteur d’une quinzaine de pièces
Or il a écrit une quinzaine pièces dont on cite les titres avec plaisir, pour leur résonnance tantôt datée tantôt moderniste : Le Siège de Jérusalem, Chantage, Entrepôt Voltaire, gros et détail, articles en tout genre, Entrepôt Voltaire : la facture en anglais, L’Auteur au théâtre petit drame portatif, Don Juan, Le Divorce de la duchesse de Prazzel, Les Pétroles du Bélouchistan, Ruffian toujours truand jamais, Le Terrain Bouchaballe, La Sainte Hermandade, Un amour du Titien (opérette, musique d’Henri Sauguet), Les Contrebandiers (opéra bouffe), Aristide… En fait, il est difficile de compter les œuvres de Jacob pour la scène car il écrivit de nombreux livrets, des sketches et beaucoup de chansons. Tout se relie et s’interpénètre. D’où l’intérêt du formidable travail effectué par Patricia Sustrac, présidente de l’association, et ses collaborateurs. Patricia Sustrac démêle une richesse d’écriture, qui enthousiasmait en son temps les Picasso et les Cocteau. Elle a retrouvé des textes théoriques inconnus et publie deux pièces introuvables : Les Pétroles du Bélouchistan et Ruffian toujours truand jamais.
Ces deux textes, qui représentent la veine plaisante d’un auteur également attiré par le genre tragique, sont d’excellentes comédies, d’une satire à la drôlerie savoureuse, la première sur la tentative de corruption d’un naïf, la seconde sur les « apaches » parisiens. Dans le théâtre de l’entre-deux-guerres ce théâtre moqueur se situe à la hauteur d’un Edouard Bourdet ou du Pagnol de Topaze. Au jeu des comparaisons, d’autres ont trouvé d’autres références. Rosner, quand il monta Le Terrain Bouchaballe, vit une parenté avec Jarry, Vitrac et Labiche. Penchenat pense plutôt à Balzac et Alfred Savoir. Chacun sa vérité, comme disait un autre auteur de ce temps-là.
L’attention de Max Jacob au cirque est extrême. Il hanta Medrano avec Picasso et, comme peintre, saisit la beauté de la piste et de ses artistes avec un incroyable talent. Tant de textes et d’histoires méconnues sortent de la nuit dans cette somme largement écrite et dirigée par Patricia Sustrac. On y apprend par exemple, dans l’éventail de cette joyeuse archéologie, que Max Jacob n’aimait pas le théâtre de Claudel, trop à thèse à son goût. Pas d’indulgence entre grands croyants…

Les Cahiers Max Jacob, revue de critique et de création, n° 19-20, automne 2019 : Max Jacob et les Arts de la scène. En librairie et à l’association Les Amis de Max Jacob 207 rue Henri Desbals 31100 Toulouse, 502 pages avec CD (Melaine Favennec chante Max Jacob), 20 euros.

Photo : Portrait de Max Jacob dit Portrait aux bagues, Musée des beaux-arts, Orléans.

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