Paris, Lucernaire jusqu’au 26 février
Léon-Gontran Damas a franchi la ligne d’après Léon-Gontran Damas
Le mousquetaire oublié

« Des trois mousquetaires que nous étions, Léon Damas, Aimé Césaire et moi-même, c’est Léon Damas qui, le premier, illustra la Négritude par un recueil qui portait significativement le titre de Pigments », disait Senghor. Justice donc à ce mousquetaire oublié, qui naquit à Cayenne, vécut longtemps à Paris, enseigna aux Etats-Unis et mourut en 1978 à Washington, grâce au spectacle mis en scène par la cinéaste Frédérique Liebaut. Spectacle ? Plutôt récital dont on a amplifié l’atmosphère, avec un décor dépouillé, et le caractère physique de l’interprétation. Pour dire cette poésie de l’exil, des gens simples, de la primauté de la femme et de cette « ligne » franchie (la ligne de rupture, de fracture, du Noir face au Blanc) Mylène Wagram investit tout l’espace, non pas dans la précipitation, mais par le déplacement secret et sensible. C’est dans la gravité douce qu’elle fait vibrer des poèmes comme : « Il est des nuits sans nom / il est des nuits sans lune / où jusqu’à l’asphyxie / moite / me prend / l’âcre odeur du sang / jaillissant de toute trompette bouchée. »
Un moment délicat qui permet une double découverte : un grand auteur, une actrice de grand talent.
Léon-Gontran Damas a franchi la ligne, textes de Léon-Gontran Damas, mise en scène de Frédérique Liebaut, lumères de Nathalie Lerat, costume de Dominique Louis, son de Damien Bouvier, création musicale de Jules Merleau-Ponty, avec Mylène Wagram.
Lucernaire. Téléphone : 01 45 44 57 34, 19 h, jusqu’au 26 février (durée : 1h10).



