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Critiques / Jeune Public

Le loup de Marcel Aymé, Contes du chat perché

par Dominique Darzacq

A s’en lécher les babines !

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Autant annoncer la couleur d’emblée. Ce Loup, mitonné par Véronique Vella, explose des mille et une saveurs qui composent les plats les plus raffinés. Il est à déguster aussi bien en famille que seul ou entre copains, avec mamie comme avec son cousin. Ce n’est pas pour rien que Marcel Aymé, observateur malicieux, avertissait qu’il avait écrit Les Contes du chat perché « pour les enfants âgés de quatre à soixante quinze ans », précisant également que « c’était pour reposer ses lecteurs éventuels de leurs tristes aventures où l’amour et l’argent sont si bien entremêlés qu’on les prend à chaque instant l’un pour l’autre ce qui est forcément fatigant ».
Pour nous délivrer des pesanteurs du quotidien, il invente une cour de ferme peuplée d’animaux qui parlent comme vous et moi, et où vivent Delphine et Marinette et leurs parents attentifs mais sévères, pour qui les animaux ne sont que domestiques ou dangereux. Parmi ces derniers le plus redoutable est le loup. Aussi, lorsqu’il vient frapper à la fenêtre, les deux fillettes s’empressent-elles d’avoir peur ce qui est normal. Ce qui l’est moins, c’est que le loup les voyant si jolies se sente tout à coup tout chose, envahi par une grande bouffée de bonté qui le décida illico à ne plus avaler d’enfants pour son déjeuner, ce qui est tout à fait inhabituel pour un loup. Du reste, Delphine, la plus hardie, ne se priva pas de lui rappeler ses anciennes ripailles. N’avait-il pas mangé le Petit Chaperon Rouge ? et n’avait-il pas croqué un pauvre petit agneau qui ne lui avait rien fait ?

Évidemment, pour ce dernier, le Loup eut beau jeu de rétorquer qu’elles aussi en avaient mangé et pas plus tard que midi sous la forme de gigot.
Engager la conversation, c’est déjà un pas vers l’amitié, et décidément ce loup-là n’avait pas l’air si méchant, il aurait même plutôt eu l’air d’un chien battu, et les deux fillettes qui avaient bien envie d’un compagnon de jeu lui ouvrirent la porte. L’après-midi fut si délicieuse qu’ils décidèrent de se revoir. Le rendez-vous suivant fut plein de suspens et d’imprévus, tant il est vrai qu’il n’est pas si facile pour un loup d’échapper à son destin.
Sorti des pages d’un livre, le conte est livré tel qu’en lui-même à la virgule près et à « la verticale » comme le dit joliment Véronique Vella qui le met en scène. Pour ne rien perdre des sucs de l’histoire, elle a eu la bonne idée de considérer le récit comme une partition dont les personnages sont à la fois acteurs et narrateurs. Au passage, et étroitement liés à la trame de l’histoire, elle a glissé quelques couplets qui donnent au spectacle une légère saveur de comédie musicale.
Le jeu des comédiens, accordés comme une évidence à leur personnage et leur jubilation à jouer : Florence Viala ( Delphine), Elsa Lepoivre (Marinette), Michel Vuillermoz (le loup), Sylvia Bergé (la mère), Jérôme Pouly (le père), la scénographie (Eric Ruf) et son environnement sonore qui fait souffler les rêves d’escapades en forêt, la finesse inventive de la mise en scène qui ne cherche pas à délivrer de message mais laisse la voie ouverte à l’imagination du spectateur, le savant dosage d’ombre et de lumière, d’angoisse et de gaîté, de férocité et de fantaisie, habillent ce Loup là d’un charme irrésistible qui enchante petits et grands, ceux qui ont peur du loup comme ceux qui ne redoutent pas de le taquiner.

Le Loup, Les Contes du chat perché, mise en scène Véronique Vella, avec Sylvia Bergé, Florence Viala, Jérôme Pouly, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre. 1h
Studio Théâtre de la Comédie Française jusqu’au 17 janvier tel 01 44 58 98 58

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