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Critiques / Théâtre

Le donneur de bain de Dorine Hollier

par Bruno Bouvet

En eaux troubles

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Un dispositif scénique majestueux (7 m !) et ingénieux tourne comme les manèges de notre enfance sur un air d’orgue de barbarie… Quelques instants, à peine, nous voilà plongés dans le souvenir de la dernière mise en scène de Dan Jemmett, La Grande Magie à la Comédie Française qui avait enchanté par sa féérie et son mystère. On se prend à rêver fugacement mais ce Donneur de bain, première pièce de Dorine Hollier, ne tarde pas faire l’effet d’un baquet d’eau froide sur un corps assoupi… Réveil brutal et constat lugubre : ce décor plantureux ne cache pas longtemps les trivialités d’un spectacle sans grâce qui accumule les poncifs et se complait dans un réalisme tristement vulgaire. Le regard burlesque du metteur en scène, sa volonté manifeste de parodie et d’humour se heurtent lourdement aux faiblesses d’un texte écrit sans grande finesse, si l’on veut bien pardonner l’euphémisme. Si talentueux soit-il, le metteur en scène ne peut rien à l’affaire. Une fois posée la question fatale (pourquoi s’être embarqué dans une telle aventure ?) que l’on pourrait d’ailleurs adresser à l’ensemble de l’équipe artistique, reste à constater l’ampleur des dégâts. Il semblerait que l’histoire, installée dans le XIXe siècle des progrès techniques, des inventions folles et des femmes de petite vertu, soit une métaphore de notre époque. A vouloir se protéger de tout en se débarrassant des impuretés du corps et de l’esprit, quel espace de liberté reste-t-il pour le malheureux être humain ? La démonstration est lourdement assurée par l’entremise d’un personnage aujourd’hui oublié, le donneur de bain, qui vient laver tour à tour les habitants plutôt extravagants d’un étrange immeuble : un savant fou aux inventions débridées, un comédien lunaire, un banquier véreux aux fantasmes masos, une prostituée qui fait tourner les têtes. Le donneur de bain, c’est Charles Berling, vedette réputée intellectuelle d’une distribution de prestige. Que peut-il faire dans cette galère sinon tenter de sauver ce qui peut l’être, en s’appuyant sur un savoir-faire, maintes fois éprouvé mais dont la vérification n’est plus vraiment ce que l’on attend de lui ? Le reste est à l’avenant : Barbara Schulz se démène tant qu’elle peut sans éviter l’outrance et l’on se demande si c’est vraiment leur faire honneur que de citer Alain Pralon, Dimitri Rataud, Marie Denarnaud, Geoffrey Carey. En revanche, Bruno Wolkowitch mérite une authentique mention : méconnaissable sous un masque rehaussé de quelques cheveux hérissés, il donne libre cours à sa fantaisie et à son appétit de jeu. Performance parfaitement louable que de parvenir à surnager dans ce bain de médiocrité…

Le donneur de bain de Dorine Hollier. Mise en scène : Dan Jemmett. Assistante à la mise en scène : Mèriam Korichi. Avec Charles Berling, Barbara Schulz, Bruno Wolkowich, Alain Pralon, Dimitri Rataud, Marie Denarnaud, Geoffrey Carey. Décors : Dick Bird. Costumes : Sylvie Martin-Hyszka ; Lumières : Arnaud Jung. Durée : 2 h 05. Théâtre Marigny, Carré Marigny, Paris 8e. Du mardi au samedi à 21 h, matinée supplémentaire le samedi à 16 h. Location : 0 892 222 333 (0,34/mn) www.theatremarigny.fr

crédit photographique : Pascal Victor/Artcomart

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