Paris, Le Monfort

Le Vieux de la montagne de Patrick Sims et Les Antliaclastes

Du côté de Jérôme Bosh

Le Vieux de la montagne de Patrick Sims et Les Antliaclastes

Le marionnettiste américain Patrick Sims est un passionné d’Alfred Jarry et de pataphysique, « science des solutions imaginaires » à laquelle il a consacré une thèse de doctorat. Tout ne s’explique pas dans ce spectacle qui tisse plusieurs fils. Il y aurait une pièce de Jarry Le Vieux de la montagne, surnom du chiite Hassan Ibn Al-Sabbah, instigateur de la secte des assassins en Perse au XIe siècle qui envoyait des soldats dans le jardin des délices avant de les expédier faire la guerre (on retrouve Hassan Sabbah dans le roman d’Amin Maalouf, Samarcande mais aussi chez William Burroughs qui hante ce spectacle). La référence à cette secte pourrait avoir son origine dans le rapprochement fait avec Al Quaïda lors de l’attentat du 11 septembre, ou pas… Le spectacle est auss une critique de l’Amérique et de sa manie de vouloir tout contrôler, manipuler. La manipulation, c’est aussi le métier de Patrick Sims…

Il a construit un extraordinaire jardin des délices, inspiré de Jérôme Bosch plus que du jardin de Charles Trenet, encombré de machineries en tous genres qui clignotent et grincent, d’un bestiaire fantastique constitué de bestioles inimaginables hors tout emprise de substance illicite et de personnages tout aussi insensés. Tout commence avec la métaphore biblique du chameau passant par le chas d’une aiguille, figurant l’entrée au paradis. Les références foisonnent autant que les bêbêtes ; celui-là représente le boxer américain Paul Robertson, défenseur des droits des afro-américains, deux étranges épouvantails sortent tout droit du magicien d’Oz, la taupe… c’est la taupe, c’est-à-dire, l’espion qui fait de l’entrisme pour mieux dégommer l’ennemi. Il y a la femme-fleur que butine une abeille, et aussi cette scène incroyable où un diablotin écarlate est poursuivi par des policiers à tête de chien (policier) et aux yeux complètement hallucinés tandis qu’un trio de jeunes pousses affriolantes se dandine sur un rythme de jazz. Comment imaginer qu’un cornet à glace monté sur deux aiguilles rayées en guise de jambes puisse immédiatement faire image ou un paon dont le corps est une tête d’indien ? C’est là justement le talent de Sims. Beaucoup de ses personnages ont pour corps une tête de squelette à la mâchoire démesurée montée sur jambes ; l’effet est saisissant. Et puis il y a la présence de l’écrivain William Burroughs, figuré par une magnifique tête mélancolique qui flingue son manipulateur.

Le travail de conception et de manipulation est si exceptionnel que son haut degré de créativité paraît disproportionné par rapport à un propos qui dans l’ensemble reste obscur, même s’il est éclairé par le programme. On n’attend pas de tout comprendre et il est intéressant de laisser le spectateur construire son propre parcours mais le fil conducteur est bien ténu et l’on se sent un peu comme les boules du flipper géant lancées à vive allure d’un bord à l’autre de ce jeu où le hasard nous manipule. Malgré ce léger sentiment de frustration, on est secoué, étonné, amusé, admiratif.

Le Vieux de la montagne, opus électromécanique pour marionnettes de Patrick Sims et Les Antliaclastes. Au Monfort jusqu’au 27 avril à 19h. Rés : 01 56 08 33 88. Durée : 1h20. A partir de 13 ans.
www.lemonfort.fr

Photo Mario del Curto

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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