Accueil > Le VasiFest, dans la Sarthe

Actualités / Actu

Le VasiFest, dans la Sarthe

par Gilles Costaz

Le destin d’un troquet

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Un festival discret, qui ne se pousse pas du col, se tapit dans la coquille verte d’un bosquet et met à l’affiche juste deux événements singuliers en fin d’été, ce peut être plus stimulant que certaines grosses manifestations qui s’alignent sur les roulements de tambour du succès. Le VasiFest, qui vient d’effectuer son quatrième tour de piste, est en pleine nature, offre ses pelouses au public mais utilise un véritable théâtre clos aux parois de bois, dont l’éventail de possibilités techniques et esthétiques appelle toute une gamme théâtrale et musicale. Jacques Pieiller et Evelyne Pieiller en sont les maîtres d’œuvre. On connaît le premier comme l’un des grands acteurs de la décentralisation et la seconde comme une auteure peu banale dans la cohorte des modernes (Joël Jouanneau a monté certaines de ses pièces, elle a été l’une des premières à adapter Sarah Kane). L’an dernier, Jacques Pieiller avait donné sa libre adaptation de Richard III de Shakespeare. Cette année, Evelyne Pieiller donne une nouvelle pièce, Les Rois pauvres.
Rois pauvres : l’expression est belle. A part les riches (qui ne constituent pas la majeure partie de la population, semble-t-il), ne sommes-tous pas des rois pauvres ? Ou bien des chats de gouttière, puisque la pièce commence par nous parler d’un chat, et l’on sait que, pour l’indépendance d’esprit, le félin est souvent supérieur à l’homme. Mais l’intérêt se déplace vite vers les deux êtres humains qui devisent à l’extérieur d’un café juste suggéré par une table en fer forgé et la ligne de fuite du décor. La femme qui est là est la patronne du troquet : elle veut vendre son établissement, ne veut pas lutter contre le promoteur qui attend avec son chèque et ses engins de démolition. L’homme qui dialogue avec elle est un client, un habitué, un ami. Il ne se fâche pas mais il pense tout le contraire. Il n’accepte pas cette résignation. Ce troquet menacé, c’est une part de la beauté dont nous avons besoin, le foyer où l’on va se taire ou parler. L’homme, avec le calme de ceux qui ont une vérité sereine et forte en eux-mêmes, aligne ses arguments, ses idées. C’est ainsi que viennent cette notion des « rois pauvres » que crée une société inégalitaire et celle des « vivants empêchés ». Sans pesanteur, dans un échange où les mots glissent et se confrontent sans déplacer la tranquillité d’une relation cordiale, la conversation mêle les débats quotidiens (la femme s’entretient parallèlement avec sa fille absente, mais également opposée à la vente du café) et le langage indirect de la politique et de la philosophie individuelle. Dans le monde où l’on vit, ne faut-il pas se constituer sa « ZAD mentale » ? Nous ne révélerons pas si, au terme de ce doux duel moucheté, l’estaminet sera cédé ou bénéficiera d’un sursis…
Les deux acteurs jouent selon une mise en scène suspendue comme le trait d’un dessinateur japonais ou japonisant. Claire Aveline interprète finement une femme brisée, louvoyante et cependant résistante. Ses belles attitudes sont celles d’une vaincue qui, peu à peu, se raccroche aux branches, domine son tangage et parvient à se redresser. Dans une élégance d’homme âgé qui ne s’est pas départi de ses jolies manières démodées (il porte un chapeau melon et une veste nullement défraichie), Jacques Pieiller interprète le rôle du client avec ce qu’il faut bien appeler la grande classe. Dans son jeu tout est nuancé, stylé et stylisé. La pièce d’Evelyne Pieiller est faite de tournoiements et de tourments qui sont un orage feutré, Jacques Pieiller et sa partenaire lui donnent une forme maîtrisée idéale où l’esprit danse une valse lente. Voilà qui justifie la modeste et orgueilleuse ambition du VasiFest.

4e VasiFest, théâtre GTT, La Vasinière, Bonnétable (Sarthe), tél. : 07 60 42 78 75. (Le festival a eu lieu les 28 et 29 août). Les Rois pauvres d’Evelyne Pieiller, avec Claire Aveline et Jacques Pieiller, musique de Lucas de Geyter, dispositif d’Elisabeth Köning, lumière de Lucas Landreau, régie de Christian Montout.
Le festival comprenait également un concert du groupe Degeyter et une exposition du dessinateur Patrick Géminel.

Photo DR.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.