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Critiques / Théâtre

Le Tourneseul, Hommage au clown Sol de Marc Favreau et Eric de Dadelsen

par Brigitte Coutin

Poésie et humour pour une critique sociale subtile

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Le comédien Eric de Dadelsen rend hommage au clown Sol alias Marc Favreau, artiste légendaire québécois, en enfilant le costume du clown et devenir Clov. Il entre en scène vêtu d’un vieux pardessus, fardé de blanc, serrant une « peu-belle » qu’il vient de sauver de la « cruelle ». Le ton est donné. Le clown clochard Eric de Dadelsen est Clov et l’ombre de Beckett de Fin de partie se glisse sur scène pour rappeler l’absurde des dérives du monde. Clov va alors pendant une heure « enfoncer le clou » des mots pour souligner les injustices du monde qui déraille. Dans le livre de Marc Favreau Rien d’étonnant avec Sol !, Eric de Dadelsen a choisi des textes à caractère social auxquels il a ajouté ses propres textes pour actualiser le propos.
Les mots virevoltent à un rythme fou pour offrir une nouvelle langue poétique et caustique. Les inventions des jeux de mots, des mots-valises, des métaphores sont drôles mais elles sont aussi des critiques aiguisées. L’éducation prend la forme noire de « l’institu-triste à la corneille » et la fée « élec-trinité au filament » met en lumière les démunis qui attendent au « bourreau pas l’emploi », et « ceux d’en-dessous du fier monde » tandis que les « plastrons » font ripaille et laissent tomber quelques miettes. Le texte d’ Eric de Dadelsen, La banquise, fait apparaître « l’horreur boréale » qui métamorphose les puissants en des animaux ridicules mais « les meilleurs en raquette ». De Dadelsen politise et actualise la critique sociale portée par le clown Sol. Le comédien jongle avec les mots avec une virtuosité jubilatoire et transforme le spectateur en explorateur d’une langue poétique inventive, amusante et engagée. La douceur des quelques notes de musique, la malice et l’interprétation subtile du comédien créent l’émotion. Le corps du clown philosophe exprime, sous une fausse candeur, le poids de l’absurde, du vide, de l’inquiétude métaphysique d’un homme qui regarde les efforts de notre terre où « le monde ne tourne pas rond ». Eric de Dadelsen entraîne le spectateur dans un tourbillon linguistique époustouflant. Un moment de bonheur poétique émaillé d’humour qui séduit l’amoureux des mots et entend éveiller les consciences.
La mise en scène sobre et efficace de Maurice Casagranda et la lumière de Stéphane Chesnais accompagnent finement les changements de rythme du jeu du comédien.

Le Tourneseul, Hommage au clown Sol de Marc Favreau et Eric de Dadelsen, mise en scène Maurice Casagranda, lumière de Stéphane Chesnais, avec Eric de Dadelsen.
Théâtre Les Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris, réservations au 01 42 36 00 50, jusqu’au 16 novembre.
En tournée :
Festival d’Humour de Soyaux (16) : 21 novembre
Art Maël – Lanouée (56) : 7 février
Saint-Brieuc-de-Mauron (56) : 8 février
La Chapelle Caro (56) : 9 février

© Maurice Casagranda

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