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Critiques / Théâtre

Le Scoop de Marc Fayet

par Gilles Costaz

Secrets de journalistes

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Un grand reporter retraité pourrait apprécier qu’une chaîne de télévision envoie chez lui un jeune journaliste chargé de faire un documentaire sur sa brillante carrière. Mais il voit vite que le visiteur n’a pas le sens de l’hagiographie et cherche plus à le déstabiliser qu’à le laisser dans le confort d’une gloire lénifiante. Chez lui et tout autour, chacun a son secret et chacun veut mettre à nu celui de l’autre. Que ce soit le vieux et le jeune journaliste, la femme de l’ex-baroudeur, le patron qui a commandé le reportage et même la caméramane qui travaille pour la télévision mais aussi pour ce nouveau torrent d’informations qu’est internet. Rien que des personnages doubles ou triples. En fin de parcours, on connaîtra la vérité, mais pas la morale d’un métier que Marc Fayet présente comme audacieux mais déchiré par les rivalités. Ne dit-il pas, malicieusement : « Mieux vaut être le premier à se tromper, plutôt que d’être le deuxième à dire la vérité. »

Renonçant à l’univers des copains qui traversent mal mais tendrement le temps – le monde de ses pièces précédentes -, Fayet cible cette fois sur la presse et les médias. Il le fait avec une grande adresse, dans un déchaînement de séquences courtes se déroulant dans des lieux différents - que le décor d’Edouard Laug fait glisser en créant de perpétuels changements de plans. Les surprises, les coups de théâtre ne manquent pas, autour d’un mystère central : que s’est-il passé à Sarajevo lorsqu’un confrère du grand homme a été abattu à ses côtés et pourquoi lui n’a-t-il pas été la victime du sniper ? A tant créer une rotation de révélations l’auteur-metteur en scène insuffle plus de mouvement que de texte, plus du scénario que de grandes scènes.

Mais l’on admire cette sûreté dans la complexité de la construction et le regard exact sur le monde des médias. Philippe Magnan, l’un de nos très grands comédiens, a l’épaisseur qu’il faut, et une fausse bonhomie qui enchante. Guillaume Durieux trouve avec une grande justesse l’âpreté bonhomme de son personnage d’interviewer. Frédérique Tirmont donne une forte colorature au rôle de l’épouse. Aurore Soudieux fait exister un rôle fugitif. Quant à Frédéric van den Driessche, il incarne le patron pervers avec un tranchant de rasoir : dommage qu’un acteur si important ait un rôle quasi secondaire ! En un mot, c’est, à la scène, un bon roman.

Le Scoop de et mis en scène par Marc Fayet, décors d’Edouard Laug, lumières de Laurent Béal, costumes de Brigite Faur-Perdigou, musique de Jérôme Destours et Chrisophe Brunet, avec Philippe Magnant, Frédéric van den Driessche, Guillaume Durieux, Aurore Soudieux. Théâtre Tristan Bernard, tél. : 01 45 22 08 40. Durée : 1 h 30.
© Claire Besse

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