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Critiques / Théâtre

Le Repas des Fauves

par Marie-Laure Atinault

Bon appétit Messieurs !

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1942, la France est occupée. La grande préoccupation des français est de savoir ce qu’ils vont pouvoir acheter avec leurs tickets de rationnement pour remplir leur marmite.
Bien sûr, il y a le marché noir mais les prix sont prohibitifs. De temps de paix ou de guerre, on a tout avec de l’argent. L’occupation allemande régit la vie dans ses moindres détails : Ausweis pour circuler, tickets de rationnement pour les denrées alimentaires mais aussi pour le charbon, le textile ; les nombreuses pannes de courant, les alertes et la défense passive rythment une vie que certains veulent maintenir avec les apparences de la paix. Mais les soldats allemands patrouillent, et ils sont les maitres du jeu.

Ce soir, Sophie, la jeune maitresse de maison est fière de pouvoir servir à ses invités un menu de gala, des asperges et comme plat de résistance, un rôti ! Une folie mais ce soir c’est son anniversaire. Le premier arrivé est le docteur Jean-Paul Pagnon. Le bon docteur trouve que depuis que les allemands sont là : il y a moins de personnes suspectes dans les rues. Il aime l’ordre. Son discours de sympathisant gêne Victor, le mari de Sophie. L’arrivée des autres invités offre une échappatoire à cette conversation « embarrassante », Pierre, qui a perdu la vue au front, est accompagné par Vincent, un dandy un peu désabusé, Françoise vient compléter l’assemblée. C’est une jeune femme volontaire qui a décidé de ne pas baisser les bras. Elle a son franc parlé. En somme, ils sont tous d’excellents français, heureux d’être réunis. Arrive un invité surprise, André « l’oncle ». C’est un homme rond, pour lui la guerre est une machine à faire tourner les affaires. Il fait figure de Père Noël avec des victuailles en abondance, de l’alcool non frelaté. Devant la terrine de pâté, les convives oublient qu’il fait des affaires avec les Allemands. Les rires s’arrêtent net, sous leurs fenêtres, ils assistent à l’assassinat de deux soldats allemands. Ils se croient à l’abri dans l’appartement chaleureux. Mais un nouvel invité surprise se présente, le commandant Kaubach est un officier SS. Il leur explique qu’en représailles, un otage est pris dans chaque appartement, mais comme il connaît Victor, et dans sa grande mansuétude, il leur laisse le choix de l’otage.
Un cadeau empoisonné. Qui sera l’otage ? Les barrières de l’amitié tombent, l’instinct de survie sera plus fort. L’homme policé fait place à l’animal qui veut vivre. Tous se trouvent irremplaçables. Qui sera l’otage, qui sera désigné pour mourir ??

Julien Sibre a pris ce projet à bras le corps. Il a accumulé les difficultés : un auteur inconnu Vahé Katcha, sauf pour quelques cinéphiles ; une pièce à costume et huit comédiens sur le plateau, sans tête d’affiche ni présentateur télé ou un évadé d’un reality show. Il s’est battu pour monter ce projet ambitieux. Il a trouvé en Didier Caron, le directeur du théâtre Michel, un allié attentif.
Maître d’œuvre du spectacle, Julien Sibre signe l’adaptation, la mise en scène et joue le rôle du dandy. Il a porté un soin particulier à la reconstitution historique pour que le contexte soit respecté et compréhensible. On lui pardonnera quelques petites erreurs, puisqu’il a réussit à saisir un climat. La mise en scène souligne l’évolution des caractères, la déliquescence des paramètres sociaux et de la bienséance qui s’écroulent devant les instincts primaires. Plus d’amitié, plus de galanterie c’est le règne du chacun pour soi. La pièce propose une réflexion sur une situation de crise, et le spectateur ne peut s’empêcher de se poser la question « Que ferais-je à leur place ? » ou Les rebondissements sont savamment distillés dans cette mise en scène sobre et efficace qui fait la part belle aux comédiens qui sont tous impeccables.
L’utilisation de la vidéo est souvent aléatoire au théâtre, Julien Sibre a eu l’excellente idée de faire réaliser par un jeune graphiste Cyril Drouin un film d’animation qui illustre, l’exécution des soldats allemands et ce qui se passe dans l’immeuble. Certaines images sont saisissantes, le graphisme ressemble à celui de Persépolis ce qui est une belle référence. Les films sont en noir et blanc alors que tout sur le plateau tend au réalisme, les films sont des allégories véhiculant les peurs et les fantasmes que les convives nourrissent d’après les bruits qu’ils entendent. Les rebondissements sont savamment distillés dans cette mise en scène sobre et efficace qui fait la part belle aux comédiens qui sont tous impeccables.

Le Repas des Fauves est un vrai coup de cœur, un spectacle courageux qu’il faut aller voir en priorité.

Marie-Laure Atinault


Le repas des fauves
D’après l’œuvre de Vahé Katcha
Adaptation et mise en scène de Julien Sibre
Avec : Cyril Aubin, Olivier Bouana, Pascal Casanova, Stéphanie Hédin, Pierre-Jean Pagès, Jérémy Prévost, Julien Sibre, Caroline Victoria
Théâtre Michel Tél : 01 42 65 35 02 www.theatre-michel.com

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