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Critiques / Théâtre

Le Projet Penthésilée d’après Kleist

par Gilles Costaz

Guerre des sexes, guerre des classes

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Pourquoi Le Projet Penthésilée et non pas Penthésilée, alors que la pièce de Kleist est représentée à peu près complètement, dans l’irréprochable traduction de Julien Gracq ? Parce que Catherine Boskowitz ne suit pas rigoureusement la pièce à la lettre. On est plutôt dans le monde d’aujourd’hui où cohabitent différentes cultures. Et surgissent régulièrement des textes militants, pour les femmes, pour une société renouvelée et plus soucieuse de ses minorités. La pièce s’y prête puisque Penthésilée, reine des Amazones, peut aisément incarner le combat des femmes en tous temps. Une Amazone doit avoir vaincu l’homme qui lui plaît pour en faire son époux. Mais c’est surtout une femme sans homme...
De grandes bâches couvrent la salle avant d’être transposées sur la scène, où les belles lumières de Laurent Vergniaud les transforment en collines étranges. Les personnages qui apparaissent et tournent autour de ces volumes et d’une maquette de cité grisâtre portent des jeans, des marcels, des manteaux sombres, des chemisiers colorés : l’Histoire et la mythologie se croisent avec la réalité des banlieues et des pays du Sud, la guerre sociale se mêle à la guerre des sexes.
La mise en scène de Catherine Boskowitz ne revendique pas un style raffiné mais au contraire un déroulement explosif où l’action s’arrête pour que de la dynamite moderne s’intègre dans le récit et où le sérieux de la tragédie est bousculé par une vitalité clownesque. Les provocations sont assez bien envoyées, mais tant d’ingrédients étirent la soirée. Quant à la volonté de passer du dramatique au dérisoire en plaçant soudain un nez de clown sur certains personnages, y compris Penthésilée, c’est du déjà vu et c’est gros comme un camion. N’empêche qu’il y a là de la santé politique et des moments émouvants, comme lorsque Penthésilée et Achille (l’excellent Lamine Diarra) se tiennent l’un contre l’autre, éclairés dans l’arrière-plan de la scène. Nadège Prugnard est une Penthésilée d’une formidable énergie. Son interprétation d’une femme violemment révoltée exprime aussi le dilemme intérieur du personnage en guerre mais aussi plein d’amour. Elle est la belle figure de proue de cette barque trop chargée mais audacieuse.

Le Projet Penthésilée d’après Heinrich von Kleist, traduction de Julien Gracq, mise en scène de Catherine Boskowitz, dramaturgie de Leilah Rabih, installation et scénographie de Jean-Christophe Lanquelin, vidéo et lumières de Laurent Vergnaud, costumes de Chantal Rousseau, conception sonore de Benoist Bouveau, constructions de Yoris van Den Houte, avec Lamine Diarra, Adèli Nodè Langlois, Marcel Mankita, Simon Mauclair, Nadège Prugnard, Fatima Tchiombiano, Nanténé Traoré.

Théâtre des Quartiers d’Ivry, théâtre Antoine Vitez, Ivry, tél : 01 43 90 11 11, jusqu’au 31 mai. (Durée : 2 h 20).

Photo Pascal Gély.

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