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Critiques / Théâtre

Le Paradoxe amoureux de Pascal Bruckner

par Gilles Costaz

Chez le psy, la ronde des aveux

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Après Tac et L’Euphorie perpétuelle, la compagnie Philippe Person transforme à nouveau un livre de Pascal Bruckner en pièce de théâtre. L’exercice est périlleux puisqu’il s’agit là d’un essai mais l’adaptateur, Philippe Honoré, qui n’en est pas à son coup d’essai, sait transformer la prose en dialogue, avec une belle vivacité. Florence Le Corre y a ajouté quelques propos pointus et vive la galère où psychanalystes et clients se font face à fleurets démouchetés. Car le "paradoxe amoureux" mis ici sur la sellette, c’est le plateau de la balance qui met autant de malheur que de bonheur, autant de besoin de vie commune que de rêves d’entractes solitaires dans la vie amoureuse, telle qu’elle se révèle dans les aveux faits aux professionnels de la confession freudienne. L’équipe Person n’a sans doute pas eu de quoi se payer un divan. Les séances ont lieu sur des fauteuils, ce qui permet évidemment un rapport plus frontal. D’une scène à l’autre, les relations sont différentes. Le psy est bavard ou réservé (en général, il préfère parler beaucoup). Les patients n’ont ni les mêmes origines sociales ni les mêmes problèmes à résoudre. Il y a les hommes abandonnés, les femme malheureuses, les riches qui n’ont pas réussi sur tous les tableaux, les esprits trop simples, les personnalités trop compliquées…
La psychanalyse a beaucoup servi au théâtre. Pour que cette succession de confessions agitées ne ressemble à une succession de sketches, la mise en scène de Person instaure un climat visuel et sonore qui donne aux propos une épaisseur, une profondeur, une invite à l’interrogation personnelle : enregistrements de paroles de personnes que l’on n’identifie pas (Lacan ?), images troublantes comme des travellings silencieux effectués dans les galeries d’un métro…
Malgré tout, c’est l’interprétation qui porte le plus loin les mots de Pascal Bruckner. Jouant à peu près tous les personnages en analyse, hommes et femmes, Pascal Thoreau est un grand clown vrai ; chacune de ses compositions est hilarante et nous touche comme si elle nous restituait quelque chose de nous-mêmes ou de nos voisins. Florence Le Corre, avec un charme insidieux, se situe à distance des conversations et apporte une autre facette au « paradoxe amoureux », littéraire et aiguisée. Philippe Person, enfin, est le psy ou plutôt quinze ou vingt psys, dont les divers caractères sont un parfait camaïeu de patiences et d’impatiences. Cet éventail des douleurs, si plaisamment mises en lumière dans l’exagération fine du meilleur théâtre, communique ce rire vengeur et libérateur dont nous avons tant besoin.

Le Paradoxe amoureux de Pascal Bruckner, adaptation de Philippe Honoré, version augmentée par Florence Le Corre, mise en scène de Philippe Person, lumières d’Alexandre Dujardin, avec Florence Corre, Philippe Person, Pascal Thoreau.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34. (Durée : 1 h 15).

Photo Philippe Escalier.

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