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Critiques / Jeune Public

Le Marin d’eau douce Texte et mise en scène Joël Jouanneau

par Dominique Darzacq

Sur la vague du rire et de l’effroi

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C’est l’histoire d’un enfant devenu homme le temps d’un petit somme. Imaginez un village si petit que sur la carte l’œil ne le repère pas, disons qu’il s’appelle Pré-en-Pail. Là, un enfant, c’est ainsi qu’il se nomme, s’ennuie ferme dans sa ferme. « Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire » geint-il comme beaucoup de gamins qui trouvent l’horizon trop petit et le temps beaucoup trop long. Lassé qu’il soit de retrouver « midi à la même heure et tous les matins du lendemain comme ceux de la veille », il décide d’aller voir ailleurs, là où tout n’est pas si plat, ni tout bleu, loin de là ! Ulysse en culottes courtes parti voir la mer et ses tempêtes, de naufrage en frégate pirate, d’évasion en effrois, il fera le tour du vaste monde et pas mal de rencontres. Entre ronces et barbelés, à ses dépens, il vérifiera que là où on marche ce n’est pas forcément chez soi, surtout si on a oublié ses papiers, apprendra à rire, pleurer, aimer. Au bout de l’épopée et de son sommeil, l’enfant est devenu grand. A l’horloge de la ferme c’est pour de bon qu’il lui faut déguerpir lesté d’un baluchon et d’un bon conseil « Tu te faut débrouiller. Tu fais tout comme tu veux. Ou tout comme les autres ils veulent que tu fasses. Ça c’est ton choix. »

Une embarcation qui tient la mer

Emmêlant mise en scène et écriture, Joël Jouanneau, dramaturge à la plume bariolée d’angoisse et de rêve, s’est fait connaître comme auteur en 1989 - Il y a tout juste vingt ans – avec Le Bourrichon, premier volet d’une trilogie sur « l’errance et l’éclat de rire ». Saga peuplée de rodeurs de songes, elle se terminera en 1991 par le fameux Mamie Ouate en Papouasie, un des fleurons du théâtre pour enfants. Il découvre alors la richesse d’un public pour lequel, depuis, il fourbit régulièrement des contes philosophiques qui tous, à leur manière, parlent de la différence, de la douleur de la perte et de la conquête de soi et confirment sa renommée de fabuliste en équilibre sur la crête du rire et des larmes. Ce que ne dément pas ce Marin d’eau douce (édition Acte-Sud Papiers col Heyoka Jeunesse).
Pour faire prendre le large à son esquif, Joël Jouanneau, comme à son habitude a mis à la manœuvre un trio d’artistes sans qui ses spectacles n’auraient pas cette subtilité de grain. Finement éclairé par les lumières de Franck Thévenon, le décor Fregoli, cul de basse fosse, cour de ferme et pont de navire de Jacques Gabel vibre de tous ses états enveloppé qu’il est d’une bande-son mitonnée de tempêtes, de grincements de poulies, de chaînes, de ressacs et de clapotis, de tic tac d’horloge et piaillements d’oiseaux, conçue par Pablo Bergel.
S’y ajoutent bien évidemment cinq comédiens matelots-passeurs aguerris aux embuches d’une langue qui jongle de réjouissante manière avec la syntaxe. Peut-être emportés par leur rôle de méchants ou crainte de ne pas se faire entendre en matinée scolaire, Nicolas Chupin et Bryan Polach exploitent un peu trop le registre de la vocifération. Un très léger bémol qui ne gâte pas la saveur de cette épopée salée qui s’adresse à tous les enfants de 7 à 107 ans.

Le Marin d’eau douce Texte et mise en scène Joël Jouanneau, avec Fabrice Bénard, Nicolas Chupin, Camille Garcia, Delphine Lamand, Bryan Polach. 1h30
Théâtre du Beauvaisis (Beauvais) jusqu’au 15 mai, 19 Vannes, 26 Bordeaux, CDN de Montreuil du 2 au 9 juin

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