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Critiques / Théâtre

Le Fils de Florian Zeller

par Gilles Costaz

Stéphane Freiss à la tête d’une distribution renouvelée

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Après des œuvres à l’architecture complexe (des scènes presque semblables se succèdent, avec quelques détails différents qui changent tout), Florian Zeller a choisi d’écrire Le Fils dans une construction quasi droite ou directe, en allant d’un point du temps à un autre. Pourtant, il reste dans le style quelque chose de tremblé : la certitude de ce qui nous est conté n’est jamais totale ! Un garçon de 17 ans, toujours au lycée, inquiète ses parents qui sont séparés. Il habite chez sa mère et sèche les cours. Pour le reprendre en main, le père l’installe chez lui ; là il va vivre avec la nouvelle femme de son père et le bébé qui vient de naître. Tout semble s’arranger. Le jeune homme paraît réconcilié avec la vie et les études. Pourtant son comportement comporte quelques gestes étranges, quelques remarques assassines. Il a des sautes d’humeur, de pensée et de tendresse. Le père, la belle-mère et la mère sont attentifs. Ils parent au plus pressé, comme on calfeutre en hâte la déchirure d’un bateau qui prend l’eau. Mais le garçon cache sa solitude et sa douleur, qui sont immenses…
Le texte de Zeller est composé non pas à petites touches mais comme une succession de gravures qui ont la modestie des miniatures. Dessinées d’un trait léger qui trace pourtant des lignes terribles sur le cuivre. C’est le phénomène du silence assourdissant. Plus c’est feutré, plus c’est violent. Zeller rejoint là les plus grands cris de l’enfance lancés par les écrivains parvenus à l’âge adulte. La pièce, créée la saison dernière, fait l’objet d’une reprise avec une distribution partiellement modifiée. Ladislas Chollat, dans sa mise en scène, renouvelle son parti pris où tout est tranquillité trompeuse et la soirée est parfaitement réglée dans sa progression douce et inéluctable. Ls plages musicales ont été réduites, à bon escient. Dans le rôle du lycéen, Rod Paradot est d’une totale vérité ; sa façon d’être toujours présent en donnant l’air d’être absent est sidérante. Elodie Navarre, qui interprète la belle-mère, traduit parfaitement cette courte générosité du cœur qui est l’altruisme mais pas la bonté. Yvan Attal, qui incarne le père, se situe lui aussi, très bien, à travers une juste gamme d’émotions, sur ce fil où la tendresse et l’égocentrisme se disputent et ne parviennent pas à l’emporter l’un sur l’autre. Florence Darel, en mère condamnée à la solitude, remplace Anne Consigny et impose une personnalité très attachante.. Daniel San Pedro joue l’autorité professionnelle d’un toubib avec une assurance souriante qui a le sens du mystère. Enfin, le rôle du père, créé par Yvan Attal, est entre le mains de Stéphane Freiss : il déploie infiniment de fragilité, de nervosité, d’anxiété. Il est infiniment proche de nous, dans cette admirable ambiguïté du texte démontant sans cesse nos certitudes.
On sort bouleversé, avec notre bonne conscience pour un temps explosée.

Le Fils de Florian Zeller, mise en scène de Ladislas Chollat, scénographe d’Edouard Laug, costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, lumières d’Alban Sauvé, son de Mathieu Boutel, avec Stéphane Freiss, Elodie Navarre, Rod Paradot, Florence Darel, Jean-Philippe Puymartin, Raphaël Magnabosco,.Daniel San Pedro.

Comédie des Champs-Elysées, tél. : 01 53 23 99 19. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 2 h).

Photo Lisa Lesourd.

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