Paris, théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 9 mars 2011

Le Drap d’Yves Ravey

La mort d’un père

Le Drap d'Yves Ravey

Un fils conte les derniers jours et la mort de son père. L’homme est ouvrier ; malgré un diplôme d’ingénieur, il a, toute sa vie, fait les sales boulots dans la métallurgie, là-bas dans l’Est, le pays de Peugeot. Fier à bras, il n’a pas mis de masque quand il utilisait des produits toxiques. Il se sentait très fort, jusqu’au jour où le diagnostic tombe : saturnisme, qui exige une hospitalisation d’urgence. Il ne survivra pas au mal qui le ronge. Sous les yeux du fils, la mère prépare le mort pour sa dernière demeure. Elle lui met de belles chaussures neuves et, sous le corps, tire le drap pour que rien ne donne une impression de négligé à l’arrivée des employés des pompes funèbres.

Admirable texte, admirable représentation. Le Drap, c’est à la fois la disparition d’un homme simple et la passion d’une femme de la classe ouvrière. C’est la pietà du peuple : ce n’est pas une mère qui tient un mourant dans ses bras, mais une épouse docile qui, avec son amour rudoyé, ses préjugés, sa philosophie de bazar, accompagne son mari jusqu’à la mort. Voilà qui est risible et grandiose à la fois, dérisoire et sublime. Laurent Fréchuret, dans sa mise en scène, donne toute leur force aux détails concrets dans un décalage abstrait, et trace l’invisible chemin de la douleur. Hervé Pierre joue sur un plateau blanc posé sur les premières rangées de fauteuil ; parfois, il s’en retire et parle dans le lointain. Un geste, un déplacement, le retrait de la veste, la veste qu’il remet, tous ces détails minuscules donnent à l’interprétation une puissance d’évocation que le réalisme n’atteindrait pas. Et quel acteur qu’Hervé Pierre ! Toute la pâte humaine, sombre et douce, noire et aimante, lucide et songeuse. On est bouleversé par ce qui est conté et l’art mis en jeu dans cette lente flèche qui, peu à peu, traverse toutes nos résistances.

Le Drap d’Yves Ravey, mise en scène de Laurent Fréchuret, scénographie de Daniel Jeanneteau, lumières d’Eric Soyer, son d’Isabelle Surel, avec Hervé Pierre.

Au théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 9 mars à 20h. Téléphone : 01 44 39 87 00 et 01.
Reprises la saison prochaine à Sartrouville et Besançon. (Durée : 1 h 20).

© Cosimo Mirco Magliocca

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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