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Critiques / Théâtre

Le Côté de Guermantes d’après Proust

par Gilles Costaz

Morceaux choisis

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Voici, au centre de la scène, un homme qui s’appelle Marcel – c’est Proust, sans être tout à fait lui-même. Voici que se mettent en place, en se succédant, deux salons qui sont ceux de la duchesse de Villeparisis et de la duchesse de Guermantes. Marcel rêvait d’entrer dans ce beau monde et le voilà, guidé par Robert de Saint-Loup, venant écouter parler ces gens élégants qui traitent de littérature, de peinture, de l’affaire Dreyfus. Tous ces mondains sont heureux mais leur babillage creux déçoit le jeune Marcel, tandis que, pour finir, entre Swan qui ne veut pas participer à la fête. Il va mourir… Voilà donc le grand saut de Christophe Honoré, qui transpose l’un des tomes de La Recherche de Proust, Le Côté de Guermantes, en prenant le parti de créer une sorte de fête trompeuse, de tableau brillant mais critique. Vacuité, tout n’est que vacuité.
Ce spectacle assez fastueux, qui inaugure le temps de repli de la Comédie-Française au théâtre Marigny (des travaux commencent dans la salle rue de Richelieu), est à l’image de bien des mises en scène précédentes de Christophe Honoré. Celui-ci établit un texte, les acteurs en précisent la forme avec lui. On imagine le bonheur des Comédiens-Français se glissant dans les costumes et les rodomontades de cette faune très huppée. En effet, Laurent Lafitte est d’une grande saveur en Basin, Elsa Lepoivre magnifique en duchesse de Guermantes, Serge Bagdassarian tordant en Charlus, Sébastien Pouderoux fringant en Robert de Saint-Loup, Loïc Corbery déchirant en Swann, Dominique Blanc délectablement détestable en duchesse de Parisis, Anne Kessler joliment comique en comtesse. Dans le rôle central et décalé de Marcel, Stéphane Varupenne passe avec profondeur de la solitude à la mondanité. Mais, si l’on est exigeant, le travail semble trop peu approfondi. Ce sont des morceaux choisis alignés avec lesquels on joue avec esprit et où l’on se réjouit de planter des anachronismes : des micros (le perchman est envahissant !), des chansons d’aujourd’hui, surtout anglo-saxonnes (les Moody Blues). Pour atteindre à la complexité proustienne, il aurait fallu aller plus loin dans plus de tension. Le plaisir que ce spectacle nous procure est léger mais n’est pas négligeable. Et la scène s’ouvre sur le jardin des Champs-Elysées, voilà une belle surprise.

Le Coté de Guermantes, adaptation et mise en scène Christophe Honoré, scénographie d’Albn Ho Van et Ariane Bromberger, costumes de Pauline Chavanne, lumière de Dominique Bruguière, son de Pierre Routin, travail chorégraphique de Marlène Saldana.
avec la troupe de la Comédie-Française :
Claude Mathieu, Anne Kessler, Éric Génovèse, Florence Viala, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Laurent Lafitte, Rebecca Marder, Dominique Blanc, Yoann Gasiorowski
et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française :
Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Camille Seitz, Nicolas Verdier
Le texte fait l’objet de deux éditions : Comédie-Française et Avant-Scène Théâtre.

Théâtre Marigny, tél. 01 76 49 47 12, jusqu’au 15 novembre.

Photo Jean-Louis Fernandez  : Julie Sicard, Stéphane Varupenne, Elsa Lepoivre.

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