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Critiques / Théâtre

Le Cid de Corneille

par Gilles Costaz

Retour à l’héritage hispanique

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Belle mais colossale, lourde, massive pièce que Le Cid. Qu’en faire par rapport aux mises en scène de référence, celle de Jean Vilar et Gérard Philipe dont les témoins se font rares mais qui survit dans l’iconographie des histoires du théâtre, et celle d’Alain Ollivier, avec Thibaut Corrion et Claire Sermonne, qui fit forte impression en 2007 ? On a vu des metteurs en scène aguerris se casser les reins sur ce conflit d’amour et de devoi, cet enchevêtrement de tournois langagiers, ces algarades où le sens de l’honneur prend des acceptions contrastées. Le Cid par Ollivier, c’était le classicisme dans son excellence : une tragédie réglée comme un jardin de Le Nôtre, où la langue française atteignait son apogée devant nous. Le Cid par Beaunesne, c’est le retour à la matrice espagnole et andalouse. Le beau décor de Damien Caille-Perret est une façade où se succèdent les moucharabiehs. Le jeu est parfois nerveux, emporté, tempétueux. Le chant est rauque et plaintif car une musique de Camille Rocailleux intervient curieusement, et d’heureuse manière, par à-coups dans la mise en scène : les acteurs se mettent à chanter, et l’on entre profondément dans une mythologie hispanique, dans un théâtre de mots qui a soudain besoin de la langue musicale de la rue et de la Cour.
Le spectacle de Beaunesne tend à casser l’immobilisme et le cérémonial qui accompagnent généralement la tragédie du XVIIe siècle. Le jeu et les déplacements suivent parfois des lignes brisées. L’infante, jouée par Marine Sylf avec beaucoup d’originalité, frôle l’hystérie ! Chimène, interprétée par Zoé Schellenberg qui met en lumière l’étonnement et le manque de maturité, est une jeune fille plus gamine que solennelle. Le roi est en fauteuil roulant : cela permet à Julien Roy de composer un monarque inattendu, extrêmement plaisant, s’amusant de son infirmité et menant les affaires royales comme un vieillard malin, gourmand et qui en a vu d’autres. Fabienne Luchetti est une gouvernante qui porte en elle les voluptés culinaires et sensuelles du palais et non son austérité. Eric Challier a le temps, dans le court rôle de Don Gomès (il périt rapidement sous l’épée de Rodrigue, comme on le sait), d’imposer une suffisance risible de matamore. Pour la noblesse, on restera surtout à l’interprétation de Rodrigue par Thomas Condemine, concentré, compact, l’angoisse sous la cuirasse, et à celle de Don Diègue par Jean-Claude Drouot qu’on est heureux de retrouver dans un rôle de premier plan et qui détaille une belle passion paternelle. On a vu des Rodrigue et Chimène plus éclatants. Ceux que jouent Thomas Condemine et Zoé Schellenberg sont un peu en retrait, comme dans l’incertitude de la jeunesse. Et c’est l’une des touches neuves de cette mise en scène de Beaunesne qui bouscule les estampes anciennes tout en instaurant une splendeur toujours sensible.

Le Cid de Pierre Corneille, mise en scène d’Yves Beaunesne.Dramaturgie de Marion Bernède, assistanat à la mise en scène de Marie Clavaguera-Pratx et Pauline Buffet, scénographie de Damien Caille-Perret
, lumières de Marie-Christine Soma, création musicale de Camille Rocailleux, costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, 
maquillages de Catherine Saint-Sever
Avec
Don Fernand, premier Roi de Castille 
Julien Roy
Doña Urraque, Infante de Castille
 Marine Sylf
Don Diègue, père
 de don Rodrigue Jean-Claude Drouot
Don Gomès, Comte de Gormas, père de Chimène 
Eric Challier
Don Rodrigue, fils de Don Diègue et amant de Chimène Thomas Condemine
Don Sanche, amoureux de Chimène
 Antoine Laudet
Don Arias, gentilhomme castillan
 Maximin Marchand
Chimène, fille de Don Gomès Zoé Schellenberg
Léonor, Gouvernante de l’Infante
 Eva Hernandez
Elvire, Gouvernante de Chimène Fabienne Lucchetti

Un spectacle de la Comédie Poitou-Charente en tournée  : 25 avril : Théâtre de Chartres, Chartres. 
29-31 avril : Théâtre Montansier, Versailles
1 et 2 juin : Théâtre Montansier, Versailles

Photo Guy Delahaye : Jean-Claude Drouot et Thomas Condemine.

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