Rencontre avec Paul Agnew, co-directeur musical des Arts Florissants

La musique comme partage

À l’occasion du 9e Festival de Printemps des Arts Florissants, Paul Agnew évoque la naissance de cet événement et son ancrage dans le sud de la Vendée.

La musique comme partage

AVEC D’ABORD POUR CENTRE NÉVRALGIQUE le petit village de Thiré, dans le sud de la Vendée, l’activité locale des Arts Florissants s’est ancrée plus largement dans cette région. À Thiré, William Christie, fondateur de l’ensemble et qui y avait acquis une maison en 1985, a créé un parc inspiré des jardins à la française et à l’italienne des XVIIe et XVIIIe siècles, aujourd’hui reconnu « Jardin remarquable", où a lieu en août le Festival d’été des Arts Florissants. Autour de Thiré (qui renferme également le Quartier des artistes et où est sise la Fondation des Arts Florissants), c’est aujourd’hui dans plusieurs des belles églises du sud de la Vendée qu’a lieu, chaque année à la fin avril et avec le soutien indéfectible du Département, le Festival de printemps de l’ensemble. Paul Agnew en éclaire pour nous la naissance et l’esprit.

« En parcourant la région, j’avais remarqué il y a quelques années que l’on passait constamment devant de magnifiques églises, mais presque toujours fermées. Et c’est en discutant avec le prêtre qui officiait dans ces différents édifices qu’est née l’idée d’imaginer, parallèlement à la vie spirituelle qui anime ces églises, une vie culturelle. Nous avons donc sollicité le département de Vendée, un partenaire extrêmement précieux pour nous puis sélectionné un certain nombre d’églises. En visitant par exemple l’église de Saint-Juire-Champgillon, nous avons découvert qu’il s’agissait d’un vrai bijou avec une acoustique incroyable, splendide, idéale pour la musique de chambre. Il nous fallait ensuite décider d’une période de l’année et j’ai proposé le printemps, lié à la fête de Pâques et aussi le début de la saison des jardins. C’est ainsi que nous avons créé ce Festival de Printemps. Pour les deux festivals [celui de l’été a lieu dans les jardins de William Christie], nous avons la chance immense d’avoir le soutien d’un département qui s’intéresse au mariage entre culture et patrimoine et par l’opportunité que peut représenter la présence de la Fondation Arts Florissants et de l’ensemble lui-même dans la région.

« Construire tout cela par nous-mêmes aurait été tout simplement impossible. Le succès d’un concert tel que celui qui inaugurait le 25 avril le Festival de printemps, avec la cathédrale de Luçon pleine à craquer pour une œuvre pas très connue, telle que La Resurrezione de Haendel, c’est le résultat de la collaboration entre le département de la Vendée, l’enthousiasme et la détermination de William et moi et bien sûr l’investissement personnel de tous les musiciens. Pour le Festival d’été, le public arrive de partout, aussi bien de Paris que de New York, du Caire que de Buenos Aires. Nous sommes bien sûr très fiers de ce succès. Mais pour le Festival de Printemps, le public est un public local. Il y a ici une véritable soif de culture et d’événements culturels, comme on le constate dans la billetterie : nous savons désormais que toutes les places vont être vendues. À nos débuts, il y avait une trentaine de fidèles pour les « Concerts & Café » le samedi matin. Aujourd’hui, lorsque je présente le concert, il me faut parler fort pour atteindre le fond de l’église et me faire entendre ! »

À la question qui lui est posée de savoir ce qui anime Les Arts Florissants dans cette présentation d’un festival dans une région assez difficile d’accès (pratiquement dénuée de transports en commun, ne possédant pas même une ligne de train) et quelle est la motivation de l’ensemble à s’ancrer en Vendée, alors que Les Arts Florissants sont réputés dans le monde entier, Paul Agnew répond :

« Ce serait trop facile de nous en tenir aux tournées internationales : oui, nous nous produisons à Londres, à New York, à Rome et nous faisons salle comble... Je ne dirais pas que c’est chose aisée mais pour un ensemble tel que le nôtre, il y a une certaine "facilité" dans cette vie-là. Personnellement, je trouverais paresseux d’en rester là. Je pense au public, pour lequel la vie ne peut pas n’être faite que de journées au bureau et de soirées devant la télévision... J’ai eu la chance de "tomber dans le chant" dès mon enfance et cela a complètement transformé ma vie, en lui donnant une richesse incroyable. Et l’on se doit de partager cela. Ici, nous sommes dans une région qui n’a pas une offre culturelle immense : il faut aller à Nantes ou à Angers pour satisfaire cette soif de culture. Eh bien nous sommes ici pour y répondre. Et même si c’est un peu coûteux en argent, en énergie et en investissement personnel, nous croyons dans cette mission.

« Nous ne donnons pas des concerts uniquement pour nous voir acclamer. Nous le faisons pour diffuser, disséminer l’art dans lequel nous croyons. La plupart du temps, dans nos grands concerts, nous entrons et sortons par une porte et le public par une autre. Il arrive que l’on se croise mais c’est rare. Ici au contraire, nous rencontrons le public et c’est immensément important pour les musiciens. J’espère que ça l’est aussi pour le public, mais pour nous, il s’agit de comprendre que quand on arrive à la Philharmonie de Paris, dans une salle de 2 300 places, ce sont 2 300 individus qu’il vaut convaincre de la nécessité et de la beauté de ce moment musical. Cela rappelle le fait que le public est composé d’individus et et que chacun d’eux est important. »

Photo Jullien Gazeau

A propos de l'auteur
Hélène Pierrakos
Hélène Pierrakos

Journaliste et musicologue, Hélène Pierrakos a collaboré avec Le Monde de la Musique, Opéra International, L’Avant-Scène Opéra, Classica, etc. et produit des émissions sur France Musique, France Culture, la Radio Suisse Romande et, depuis 2007 :...

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