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La mort de Pierre Cassignard

par Gilles Costaz

Un grand athlète affectif

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Pierre Cassignard, né le 19 décembre 1965 à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), est mort à Carpentras le 20 décembre 2021. Une mort prématurée provoquée par un cancer : il n’avait que 56 ans. Le théâtre et le spectacle perdent l’un de ses plus brillants interprètes. Fils d’un négociant en vins, il était dans un monde sans rêves ni beauté. Sa grand-mère, surnommée Mamina, lui ouvrit les portes de la musique et surtout du music-hall. Sur les sillons des 45 tours, il découvre Bécaud et Montand : coups de foudre ! C’est en voyant le récital télévisé de Montand à l’Olympia qu’il décide de devenir comédien. Ce sera par le biais de la rue Blanche à Paris, après avoir tâté du Petit Conservatoire de la chanson de Mireille : il découvre un monde inconnu. Comme il a un talent fou, il est vite engagé et reçoit les conseils d’indépendance et d’originalité que lui prodigue Delphine Seyrig quand il joue avec elle son premier spectacle, Un jardin en désordre d’Alan Ayckbourn mis en scène par Stuart Seide en 1987. Il est vite repéré, enchaîne les participations : théâtre, télévision, cinéma. Il travaille avec Arlette Téphany, Pierre Laville, Alain Sachs (avec qui il jouera un merveilleux comte délabré dans La Locandiera de Goldoni), Didier Long, Bernard Murat, Daniel Colas, José Paul, Michel Fau, devient l’un des des comédiens-phares de Gildas Bourdet : son double rôle dans Les Jumeaux vénitiens de Goldoni lui vaut le Molière du meilleur acteur en 1996, il est hilarant dans le Feydeau que monte avec Cristiana Reali et Dominique Pinon en 2010…
Il aime jouer des comédies grand public : l’une de ses dernières prestations sera sa percutante prise en main d’Un grand cri d’amour de Balasko avec son ami Michèle Bernier aux Bouffes-Parisiens, dans une mise en scène de Marie-Paule Osterriech retransmis en direct sur France Télévision, en 2019. Mais il sait se mettre au service d’auteurs contemporains comme Jean-Marie Besset ou Jean-Benoît Patricot dont il a créé Darius avec Clémentine Célarié.
L’une de ses rencontres importantes a eu lieu avec Daniel Benoin. Après L’Enterrement de Vinternberg où il le fait plonger dans un bassin d’eau apparemment glacée, Benoin lui propose de prendre le rôle principal d’un opéra : Dreyfus écrit par Didier van Cauweleaert, mis en musique par Michel Legrand. Cassignard hésite, accepte, travaille comme un fou. Et c’est un triomphe à l’Opéra de Nice, en 2014. Il y est stupéfiant dans le rôle non pas de Dreyfus, mais d’Esterhazy, le traître. Le chant, c’est sa première passion. Il ne cesse de rêver à un spectacle sur Montand, qu’il jouerait en France et aux Etats-Unis. C’est un espoir qu’il concrétise (à la différence de son rêve de jouer Cyrano de Bergerac qu’il n’incarnera jamais). Il crée Un soir avec Montand, accompagné par Patrice Périeyras en 2019. Il commence en tournée, parvient à le donner à San Francisco, où c’est un succès. La chance de sa vie puisqu’il passe à travers le filet du Covid ! Il le reprend en 2020 mais, comme il effectue son ultime tour de piste, ne pourra plus le jouer. Ce sera son grand regret, notre grand regret.
Comment a-t-il fait pour jouer, rongé par le mal, un rôle dans le nouveau film de Charlotte de Turckheim, Mince alors 2 ? Ce sont les images à l’écran qui nous resteront comme ce mini-film Youtube (flou, malheureusement !) où il chante La Chansonnette de Montand. Il reste à ses amis, comme Michèle Bernier, Muriel Robin, Sandrine Kiberlain, Nicolas Briançon, etc. de publier le livre qu’il avait commencé et où il conte, magnifiquement, ses débuts et ses relations avec la chanson, Bécaud, Montand, Mamina et moi. Ainsi nous continuerons notre route avec l’un de ces maîtres sensibles du plateau, de ceux qu’Artaud baptisait des « athlètes affectifs ».

Photo programme.net

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