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La mort de Marcel Maréchal

par Gilles Costaz

Un géant de la scène

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C’était un fils de routier, un enfant de la banlieue lyonnaise. Rien ne prédisposait ce modeste prolétaire à entrer dans la cour des grands. C’est pourtant un formidable bond par-delà les classes sociales qu’opéra Marcel Maréchal, qui vient de mourir, à l’âge de 83 ans, à Paris (il était né à Lyon, en 1937). Il se fit connaître très tôt, quand il créa à Lyon, en 1958, sa Compagnie des comédiens du Cothurne, en 1958. Déjà, il monte la plupart des auteurs auxquels il sera attaché toue sa vie : Jean Vauthier (Capitaine Bada), Jacques Audiberti (Le Cavalier seul), Louis Guilloux (Cripure). Dans la fort petite salle des Marronniers, il obtient un retentissement national. Son jeu, si peu policé, et ses mises en scène, dont la vitalité colorée et explosive va à l’essentiel, tranchent avec une certaine dominante intellectualisée et didactique de l’époque. On lui demande très vite des spectacles dans les plus hauts lieux : il monte Le Cavalier seul, dont il interprète le rôle principal, au festival d’Avignon, dans la Cour d’honneur, en 1973, et La Célestine de Rojas, jouée par Denise Gence, à la Comédie-Française, en 1974.
Il va assurer, dans le paysage théâtral, de grandes directions. A Lyon, à partir de 1968, il prend les rênes du vaste Théâtre du VIIIe (à l’opposé de la salle de poche qu’étaient les Marronniers). De 1975 à 1994, à Marseille, il passe par le Gymnase puis ouvre le théâtre de la Criée : ce sont peut-être ses plus grandes années. Restant fidèle à Audiberti, il donne un sacré coup d’éclat aux classiques (Molière, Brecht, parfois en compagnie de Pierre Arditi), et s’intéresse aux œuvres de Valère Novarina, David Mamet, Marcel Jouhandeau, Jean Genet (Les Paravents), Jacques Roubaud et Florence Delay… En 1995, il reprend à Paris le théâtre du Rond-Point où ses fidélités ne l’empêchent pas d’aborder des répertoires qui ne lui étaient pas encore familier (Paul Claudel) et fait travailler une nouvelle génération d’acteurs : Nicolas Vaude, Guillaume Canet, Flore Grimaud… Mais la flamme des spectacles paraît parfois moins haute.
Ensuite, de 2001 à 2010, il accepte la mission ingrate et noble de diriger les nomades Tréteaux de France : il effectue là un travail magnifique centré sur les pièces classiques. Rendu à sa solitude en 2011, il se fait rare mais est à deux reprises l’invité du théâtre de Poche-Montparnasse racheté par Philippe Tesson. Il joue Le mal court d’Audiberti, mis en scène par Stépahenie Tesson, et, en mai 2019 (ce seront ses dernières apparitions publiques), donne en lecture Pierre-Auguste Renoir, mon père de Jean Renoir. Aux différentes étapes de sa vie, il est fidèlement entouré des auteurs François Bourgeat et Pierre Laville, des scénographes Jacques Angéniol et Alain Batifoulier. Et de beaucoup de grands acteurs : Hélène Arié, Martine Pascal, Jean-Paul Bordes, Michel Demiautte, Philippe Léotard, Luce Mélite, Francis Perrin, Raoul Billerey, François Dunoyer, Sophie Barjac, Catherine Arditi…
Envers et contre tout, Marcel Maréchal a défendu le théâtre de texte, les grandes voix de l’écriture, sans jamais être « littéraire » (au sens étroit du terme) dans la mise en forme. Il avait en lui l’air du large, et rien n’était, dans ce qu’il entreprenait, de petite ambition. L’acteur qu’il était atteignait des dimensions prodigieuses. Tragédien, lyrique et clown à la fois, il donnait à la malice, à la truculence et au secret à la fois profondeur, grâce et déflagration. Il tourna très peu de films pour se consacrer au théâtre. Dommage pour la quantité d’images qu’on aimerait garder de lui. Il bouscula la scène tel un doux géant.
A sa veuve Luce, à ses enfants Mathias (merveilleux acteur, également) et Laurence, nous faisons part de notre très grande tristesse

Photo Laurencine lot.

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