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Critiques / Disparition

La mort de Jacques Rosner

par Gilles Costaz

Un metteur en scène brechtien et post-brechtien

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Le metteur en scène et acteur Jacques Rosner, est décédé en Normandie à l’âge de 86 ans, le 30 mars. Il était un peu oublié car sa dernière mise en scène, faite en tandem avec son épouse Nicole Rosner, Adolf (Cohen) de Jean-Loup Horowitz, date de 2015 et a été représentée dans des circuits souvent modestes (le off d’Avignon et la Comédie-Bastille). Mais, auparavant, Rosner a été à la tête de grandes structures : le Centre dramatique du Nord, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (où il fit entrer les courants novateurs de l’après-mai 68) et le théâtre national Daniel Sorano devenu le Théâtre national de Toulouse. Tout au long de sa vie, il aura donné un nouvel élan à des établissements naissants ou en quête d’un nouveau souffle.
Il fut d’abord le numéro deux de Roger Planchon au Théâtre de la Cité – TNP de Villeurbanne. Lui, le gamin lyonnais qui avait suivi des cours d’art dramatique très jeune, chez Suzette Guillaud, rejoignit Planchon à l’âge de 15 ans. Il y fut à la fois acteur et assistant, puis metteur en scène. L’influence du grand artiste rhodanien fut forte, même si Rosner affirma sa personnalité peu à peu et se détacha du maître avec élégance. Mais, à Villeurbanne où il resta quand même jusqu’en 1970, il développa un goût du théâtre politique, d’abord très marqué par Brecht (au point de s’habiller brechtien : on le voyait souvent dans une houppelande à la berlinoise) puis ouvert aux tourments philosophiques. Dans tous ses spectacles il y avait une curiosité profonde, un amour de la pensée dans ses effervescences contradictoires.
Face au répertoire français, il mettait en place une certaine ironie satirique qui renvoyait à un véritable regard historique, comme il le fit, par exemple, avec Le Mariage de Figaro à la Comédie-Française en 1977 ou Ruy Blas (Toulouse et TEP, 1990). Il aimait explorer de temps à autre la culture juive (Wesker) et les œuvres marquées par les persécutions perpétrées à l’encontre le peuple juif (Grumberg). Mais, sans parti pris, refusant toute étroitesse, il découvrait des auteurs nouveaux : Philippe Adrien, Philippe Madral, Yves Navarre, Pierre Laville, Jean-Marie Besset, Vladimir Yordannof, Jean-Marie Rouart, Yves Lebeau… Il avait ses fidélités avec les acteurs (Jean-Claude Dreyfus, Marie-Christine Barrault) mais il aimait les changements d’univers et les risques que cela comporte. S’il s’est beaucoup intéressé à O’Neill, Tchekhov et Bernhard, on peut dire que deux auteurs ont incarné les grands défis de sa carrière : Brecht qu’il a beaucoup monté dans la première partie de sa vie, Gombrowicz dont il a brillamment éclairé les vertiges paradoxaux (Yvonne, princesse de Bourgogne et Le Mariage à la Comédie-Française). Il savait aussi ressusciter des textes qui s’étaient effacés de nos mémoires : Le Coup de Trafalgar de Vitrac, Le Terrain Bouchaballe de Max Jacob.
A la fois brechtien et post-brechtien, Jacques Rosner ajouta toujours de l’intelligence à l’intelligence des textes, sans chercher à avoir une signature reconnaissable avec fracas. Il gardait une certaine modestie, lui, l’un des meilleurs. En saluant sa mémoire, nous pensons aussi à son épouse, l’excellente comédienne Nicole Rosner.

Photo : Rue du Conservatoire.

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