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Actualités / Disparition

La mort de Jacques Nichet

par Gilles Costaz

Décentralisation, deuxième génération

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Né à Albi en 1942, Jacques Nichet est le co-créateur du théâtre de l’Aquarium, avec Jean-Louis Benoit et Didier Bezace, fondé en 1970. Avant d’être élève de l’Ecole normale supérieure rue d’Ulm, où fut créée la première version de cette troupe, Nichat avait déjà fait des débuts remarqués à Grenoble quand il était étudiant en hypokhâgne : sa mise en scène du Médecin malgré lui, dans l’amphithéâtre du lycée Stendhal, avait déjà les qualités de farce explosive qu’il devait développer plus tard. Ayant installé l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes, non loin du Soleil d’Ariane Mnouchkine, le trio fit des étincelles en revendiquant de le principe de la création collective, mais chacun avait une personnalité qu’on a vue se distinguer au fil des années : fièvre comique et satirique chez Nichet, ironie politique chez Benoit, goût de la traversée du miroir chez Bezace. Nichet fit vite preuve de ses dons farcesques avec Les Guerre picrocolines d’après Rabelais, qui restera l’une des grandes références de l’Aquarium. Mais les autres spectacles historiques de l’Aquarium sont collectifs et politiques : Marchands de ville (1972) dénonce la spéculation immobilière, Tu ne volerais point (1974) traite des détournements de fonds publics et La Jeune Lune (1976) des occupations d’usines.
Le trio Benoit-Bezace-Nichet se sépare en 1986, Nichet étant appelé à diriger à Montpellier le Centre dramatique national de Montpellier, au domaine Gramont qu’il rebaptise le théâtre des Treize-Vents. Belles années jusqu’en 1998, où l’inspiration préférée de Nichet – le théâtre du Sud, les auteurs du Sud – prend une place majoritaire. On se souviendra particulièrement de La Savetière prodigieuse de Garcia Lorca, du Magicien prodigieux de Calderon, de Domaine ventre de Valletti, de Monstre aimé de Javier Tomeo, avec des incursions dans d’autres veines du patrimoine mondial : Le Rêve de d’Alembert de Diderot, Le Baladin du monde occidental de Synge, Sik-Sik de De Filippo... En 1990, il crée à Montpellier avec Jean-Michel Déprats la Maison Antoine Vitez, Centre international de traduction théâtrale, structure extrêmement vivante et productive, qui a toujours un rôle premier plan dans la circulation et la découverte de textes de tous pays. En 1996, il donne au festival d’Avignon une mémorable Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire En 1998, il succède à Jacques Rosner à la tête du Théâtre national de Toulouse. Toujours la même politique de textes ardents et de passion du public : Valletti, Dario Fo, Keene, Horvath, Alexievtich… Ensuite, il avait choisi la discrétion, à la tête d’une compagnie modeste, l’Inattendu, qui faisait un spectacle de temps à autre (Braises et Cendres, d’après Cendras, 2014).
Auteur de deux livres, Je veux jouer toujours, Le théâtre n’existe pas (belle contradiction des titres !), réalisateur d’un film, La Guerre des demoiselles, titulaire de chaire au Collège de France à la fin de sa vie, Jacques Nichet était un homme à la fois chaleureux et réservé, assez différent des autres artistes, d’une nature généralement extravertie. C’était sa manière d’être l’un des grands personnages du théâtre français, l’une des figures de proue de cette seconde génération la décentralisation qui a pris la place des Vilar et autres Planchon pour faire un théâtre plus chahuteur et moins obsédé par les classiques.

Photo : Collège de France.

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