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La mort de Jacques Frantz

par Gilles Costaz

Une présence unique de colosse fragile

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Le théâtre, le cinéma, la télévision et le monde des enregistrements sonores viennent de perdre une personnalité d’une dimension artistique et humaine peu commune : Jacques Frantz, mort le 17 mars à Paris, âgé de 73 ans. Ayant fait beaucoup de post-synchronisation, il est volontiers traité de « voix de Robert de Niro », et basta. Certes, Frantz a beaucoup travaillé dans des studios de doublages et enregistré des livres sonores (la mort le frappe alors qu’il enregistrait l’interminable intégrale de Stephen King). C’était un admirable diseur, au timbre grave sans dureté. Mais ses prestations au théâtre ont été marquantes. Né à Dijon, formé au Conservatoire où il était le condisciple d’Hélène Arié et d’Henri Courseaux qui restèrent ses amis toute sa vie, il fit ses débuts auprès de Stephan Meldegg et de Robert Hossein et obtint un premier grand succès dans Encore une histoire d’amour de Tom Kempinski, adapté par Jean-Claude Grumberg, mis en scène par Gildas Bourdet : aux Bouffes-Parisiens il partage ce dialogue téléphonique et sentimental entre Paris et NewYork avec Marianne Epin. Il continue son parcours théâtral avec Gildas Bourdet, Jacques Weber, Stephan Meldegg, Marie Etienne, Roger Planchon, Christophe Correia. Très attaché à une petite salle comme le Théâtre de Poche, il y est saisissant en patron impitoyable dans la comédie féroce et irrésistible de Louis-Charles Sirjacq, Les riches reprennent confiance, mis en scène par Etienne Bierry. Avec sa rare intelligence des mots et du tempo, il joue l’acrobatique Sixième Solo de Serge Valletti au Chien qui fume, à Avignon. Il travaille ensuite avec Gérard Gélas avec lequel il forme un tandem fort complice. Déjà marqué par des problèmes de santé, il interprète le personnage de Che Guevara, à certains moments des représentations, dans un fauteuil roulant : ce Crépuscule du Che de José Pablo Feinmann est une mise en scène de Gélas, avec qui il fera un autre spectacle et diverses lectures publiques. Sa dernière apparition au théâtre a lieu au Lucernaire, il y a trois ans. Il joue le mari dans L’Amante anglaise de Duras en compagnie de Judith Magre et de Jean-Claude Leguay, dans une mise en scène de Thierry Harcourt. Il y est stupéfiant grâce à une incarnation massive, immobile, à l’intensité obsessionnelle. A présent, il s’en va n’ayant pu jouer la pièce qu’avait écrite pour lui et Jean Barney le grand auteur qu’est Gérald Aubert et dont il avait fait plusieurs lectures dans des cadres professionnels.
Jacques Frantz avait en scène et à l’écran une présence unique, toute de tendresse masquée et de profondeur secrète, celle d’un colosse fragile. C’était un grand lecteur, un homme d’une vaste culture qui adorait George Steiner, Thomas Bernhard et tant d’auteurs typiques des aventures littéraires modernes. C’est ainsi qu’il avait repris, avec Stéphane Valensi, la direction du festival Beckett à Roussillon. Chaque été, tout en constituant un programme de spectacles, il y lisait un texte de Beckett – roman ou poème - en se jouant des difficultés de l’écriture et du sens.
Doué d’un grand don pour l’amitié, il fut très actif au sein de l’association de l’Adami. Il avait un talent et un cœur hors mesures. Notre pensée va aussi à sa fille, l’actrice Marjorie Frantz.

Photo synthese-prod.com

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