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La mort de Claude Evrard

par Gilles Costaz

La profonde amplitude du rire

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C’est un comédien discret et profond qui vient de disparaître en la personne de Claude Evrard, né à Versailles le 29 juillet 1933 et mort à Clamart le 20 avril 2020. Il s’était formé à la formidable école de Jacques Lecocq, où l’on apprenait le jeu corporel et le jeu avec masque comme nulle part ailleurs. C’est là qu’il avait connu Philippe Avron. Tous deux avaient fait leurs débuts auprès de Jean Vilar et avaient fondé le duo comique Avron et Evrard qui se produisait dans les cabarets et les théâtres entre 1960 et 1975. Evrard jouait le personnage sérieux et volontiers fâché face à un Avron feu follet. Ce fut l’un des grands tandems de ces années-là, bien meilleur que Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, presque aussi célèbre que Poiret et Serrault.
Ils étaient irrésistibles, se moquant gentiment d’une culture populaire qu’ils défendaient par ailleurs. Ils se séparèrent en 1975, sans écorner leur grande amitié. Ils devaient se retrouver dans un même spectacle en 1991 quand Avron écrivit et mit en scène La Nuit de l’an 2000. A cette occasion, Evrard déclarait à L’Avant-Scène Théâtre : « Philippe Avron, ce n’est pas seulement un compagnon de vie, que je n’ai jamais cessé de voir même après l’arrêt du duo Avron et Evrard. Il m’a appris la réflexion sur l’existence. Et nos retrouvailles, après seize ans de séparation, il les organise superbement. Non pas à deux, mais à trois, avec Marianne Sergent, avec un texte très riche, d’une grande pensée, qui s’oppose aux spectacles d’images pour préserver les mots. »
Quand on fera l’histoire du théâtre public français et du théâtre de création, on donnera une grande place à Claude Evrard, en allant depuis Victimes du devoir de Ionesco qu’il créa ave Suzanne Flon jusqu’à sa dernière prestation, La Bonne Ame du Sé-Tchouan de Brecht, mis en scène par Jean Bellorini, en 215. Parmi ses plus grands moments, on se souviendra de son interprétation du comptable Epikhodov dans La Cerisaie de Tchekhov, mis en scène par Peter Brook aux Bouffes du Nord, en 1981, et, dans le même théâtre, du Sganarelle qu’il jouait face à Niels Arestrup, dans Dom Juan de Molière, mis en scène par Maurice Bénichou, en 1984. Il fut aussi remarquable dans le secteur privé, comme lorsqu’il participa à Tailleur pour dames de Jean Poiret d’après Feydeau, mis en scène par Bernard Murat aux Bouffes parisiens, en 1985.
Naturellement comique, il savait exprimer aussi une nature tournée vers la tendresse et vers la douleur. Goldoni écrivit une pièce qui s’appelait Le Bourru bienfaisant. D’Evrard on pourrait dire qu’il joua les bourrus bienveillants, ou éclatants, ou très aimant. Le cinéma n’a pas assez souvent eu recours à un talent d’une telle amplitude (Le Distrait, Pierre Richard, 1970) ; Toujours seuls, Gérard Mordillat, 1991 ; Un peu, beaucoup, aveuglément, Clovis Cornillac, 2015 ; Ce qui nous lie, Cédric Klapisch, 2017). Mais, avec un grand nombre de seconds rôles significatifs, il ne sera pas absent de nos boîtes à images, cet acteur à la fois puissant et rêveur, qu’accompagna toute sa vie son épouse, la comédienne Danièle Ajoret.

Photo DR : Claude Evrard dans La Bonne Ame du Sé-Chouan de Brecht, théâtre national de Toulouse et Odéon Berthier, 2013.

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